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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

45èmes Assises de l’Union de la presse francophone : L’aide publique à la presse, un cadeau empoisonné ?

23 Novembre 2016 , Rédigé par Aimons les Comores

45èmes Assises de l’Union de la presse francophone : L’aide publique à la presse, un cadeau empoisonné ?

alwatwan actu image

Pour l’ancien journaliste Jean Claude de L’Estrac, «les médias ne doivent pas se faire assister par les pouvoirs publics au risque de se sentir redevables et d’avoir les mains liées.» Mais, l’idée n’a pas l’unanimité, loin s’en faut. Selon Taieb Zahar, président de la Fédération tunisienne des directeurs de journaux (Ftdj), l’expérience de son pays où l’Etat accorde des subventions à la presse locale est instructive.

Mohamed Inoussa, envoyé spécial à Antsirabé

«Organiser une élection ne suffit pas pour définir ce qu’est une démocratie. Surtout quand on sait comment, aujourd’hui, on tripatouille les listes. Je ne vous parle même pas de la composition tendancieuse des commissions électorales. La communauté internationale est responsable de ce jeu de dupes. La démocratie, c’est d’abord la liberté de la presse.» Tel est le postulat énoncé par l’ancien secrétaire général de la Commission de l’océan indien (Coi), Jean Claude de L’Estrac, au cours d’un brillant exposé, lundi, sur l’état général de la presse dans l’espace francophone.

Pour cet ancien journaliste et ex-patron du groupe de presse mauricien La Sentinelle, cette liberté de la presse constitue «le baromètre de la démocratie et des droits de l’homme» S’il admet que les parcours historiques et politiques peuvent être différents d’un pays à l’autre, il dit récuser «l’idée selon laquelle on doit s’accommoder de la déficience de l’Etat de droit dans certaines contrées géographiques au nom de je ne sais quelles différences de culture ou de niveau de développement» ..

Une expérience instructive

Pour Jean Claude de L’Estrac, la démocratie est une exigence universelle. Et la pratique du journalisme doit être partout la même. «Est journaliste le professionnel qui exerce son métier en toute indépendance.

Il n’est sous la coupe de personne, ni de l’Etat, ni de financeurs ou parrains politiques», a-t-il dit. Il a rendu hommage aux médias privés qui, malgré les contraintes à la fois financières et techniques auxquelles ils font face, essaient tant bien que mal de produire un travail de qualité. «On ne reconnait pas suffisamment le rôle pivot de la presse privée dans les transitions démocratiques.

Ce ne sont pas mes confrères malgaches et seychellois qui diront le contraire», a déclaré l’ex-patron de la Coi. Mais la question qui a nourri tant le débat et provoqué de nombreuses réactions est celle de l’aide publique à la presse. Pour Jean Claude de L’Estrac, «les médias ne doivent pas se faire assister par les pouvoirs publics au risque de se sentir redevables et d’avoir les mains liées.»

L’idée n’a pas l’unanimité, loin s’en faut. Selon Taieb Zahar, président de la Fédération tunisienne des directeurs de journaux (Ftdj), l’expérience de son pays où l’Etat accorde des subventions à la presse locale est instructive. «Pour des journaux qui marchent sur le fil et ploient sous le poids des factures, il serait suicidaire de refuser cet appui. Pour autant, ce ne sont pas ces subsides qui devraient nous détourner de notre idéal», a-t-il affirmé.

C'est aussi  l’avis de Jamal Eddine Naji, directeur de la Haute autorité de la communication audiovisuelle du Maroc (Haca)  et docteur en sciences de l’information et de la communication. «L’Etat a le devoir d’appuyer la presse pour que cette dernière puisse mieux informer et éduquer les citoyens. Il ne s’agit pas d’une faveur. Nous devons considérer l’information comme un droit légitime de la population», a-t-il  plaidé.

Il faut dire que l’aide publique à la presse se présente sous diverses formes selon le pays. En France, elle consiste, entre autres, à accorder aux journaux des tarifs postaux privilégiés «pour tenter de favoriser un certain pluralisme du paysage médiatique, donnant ses chances aux nouveaux titres et un choix réel aux lecteurs».

En Côte d’Ivoire, cet appui, appelé Fonds de soutien et de développement de la presse (Fsdp), est composé de dons en équipements et de subventions en espèces tandis qu’au Mali, il est soumis à un certain nombre de conditions : la régularité (de parution pour la presse écrite), l’immatriculation du personnel, la mise à disposition du bilan financier, le quitus fiscal et la justification des dépenses afférentes à la précédente subvention.

Seuls les médias d’État aux Comores

Aux Comores, seuls le journal d’Etat Al-watwan et l’Ortc bénéficient de subventions publiques. En 2012, Al-watwan avait déjà écrit ceci : «Pour toutes les campagnes futures à entreprendre (campagnes de santé publique…), l’Etat peut doubler les dépenses, à défaut de pouvoir mettre en place le Fonds d’appui médias que les Etats-généraux de la presse avaient suggéré en 2009.

Pour sauver la presse, la France, par exemple, consent à augmenter les dépenses de communication de l’Etat, soutenir les marchands de journaux (60 millions d’euros) et au portage à domicile (80 millions au total).

L’ancien président français avait admis à accorder à chaque jeune Français un abonnement gratuit à un quotidien de son choix pendant l’année de ses 18 ans. Ici, l’aide consisterait à obliger les services publics, les écoles… à s’abonner aux journaux de la place, la contrepartie serait d’exiger une production de qualité. L’Etat doit commencer d’abord par améliorer ses services et produits de communication.» En espérant que les nouvelles autorités nationales entendront cet appel.

alwatwan

 

 

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