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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Prospections pétrolière et géothermique. Le docteur Naoildine Houmadi : “Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas qu’on ne fait rien”

24 Décembre 2016 , Rédigé par Aimons les Comores

Prospections pétrolière et géothermique. Le docteur Naoildine Houmadi : “Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas qu’on ne fait rien”

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“A niveau de la géothermie, nous sommes, actuellement, dans la phase de la mobilisation des financements que nous voyons comme un tout. L’Union africaine a reparti sa contribution entre le forage proprement dit et les infrastructures et ne débloquera sa contribution qu’une fois l’enveloppe complétée parce que l’opération elle-même ne peut pas se faire à moitié. 40 pour cent du total du financement nécessaire pour la deuxième phase du projet. Les contributeurs sont l’Union africaine à travers son programme Grmf (Fonds pour l’atténuation des risques géothermiques), pour 8,2 millions de dollars. Ensuite, il y a le Fonds pour l’environnement mondial avec le Pnud, d’une contribution de 6,6 millions de dollars. Et puis, la Nouvelle Zélande qui s’est positionnée à hauteur de 4 millions de dollars”.


Propos recueillis par Kamardine Soulé

WE. : Après la signature, en novembre 2015, entre le gouvernement et  la société Rhino Resources d’un contrat de partage de production, on n’a plus de nouvelles du secteur pétrolier aux Comores. Où en est-on?
Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas qu’on ne fait rien. On peut en parler beaucoup et ne rien faire. En ce qui nous concerne, nous  progressons et c’est quelque chose qu’on ne voit que dans le long terme.

Les recherches avancent et nous sommes arrivés à un point assez important. Pour avoir du pétrole, il y a un certain nombre de conditions sur le plan géologique qui doivent être réunies et certaines d’entre-elles sont vérifiées avec les travaux d’exploration et sont réunies. Au niveau de la région où se situent les Comores, il y a deux tendances chez les acteurs de l’industrie pétrolière. Il y a ceux qui pensent qu’il y a une roche mère, et d’autres qui pensent le contraire.

A l’heure actuelle, nous collectons de plus en plus d’indices qui indiquent la présence de cette roche mère et cela a donné lieu à la parution, dans les revues spécialisées, d’un travail qui indique que les l’archipel des Comores est bien assis sur un socle formé de roches susceptibles de constituer une roche mère. 
Il y a quelques temps, quasiment 95 à 99 pour cent de la communauté scientifique pensait que les Comores étaient assises sur une roche océanique, des roches magmatiques et, surtout, basaltiques qui ne sont pas susceptibles de receler des hydrocarbures.

Mais, tout le travail qui a été fait jusque-là avec nos contractants, notamment le dépouillement et l’analyse des données sismiques acquises et le travail à part mené par l’Institut allemand pour les ressources naturelles convergent vers le même résultat à savoir la présence d’une couche continentale. Cela ouvre à beaucoup de perspectives, en l’occurrence la présence d’une roche mère.

Nous avons aussi mené des missions à Ndzuani où nous avons trouvé, à notre grande surprise, des roches sédimentaires anciennes qui témoignent de la présence d’une roche non magmatique dans le soubassement. Cela a changé, radicalement, la situation dans le sens positif. En ce moment, les sociétés pétrolières observent, avec beaucoup d’attention tous ces développements. Et c’est ce qui va jouer dans les décisions qu’elles vont prendre pour se positionner.

alwatwan actu imageWE. : Les responsables de la société Bahari Resources, signataire avec l’État comorien d’un contrat  de partage,  avaient parlé en juin 2015  de l’éventualité de forage d’exploration en 2017. Vous êtes dans la même logique?
Cela fait l’objet d’un débat entre nous et Bahari. L’enjeu c’est que si les résultats du premier forage s’avèrent négatifs nous risquons de voir tout le monde partir et, pendant des décennies, les sociétés pétrolières vont rester frileuses. Il faudra, donc, s’assurer qu’on fait le forage au bon endroit et qu’on atteint la profondeur cible qu’il faut.

Il ne faudrait pas qu’on s’arrête dix mètres plus haut, alors qu’il fallait aller dix mètres plus bas. Bien sûr, les forages vont viser ces réservoirs qui sont des structures larges qui font que la probabilité de passer à coté est minime. Les discussions vont se poursuivre avec le comité de direction composé de représentants de l’État et de ceux du groupe pétrolier, pour arrêter la décision finale quant à cette exploration de forage.

WE. : Le Fisc aurait perdu la trace de la Société Safari, l’autre groupe pétrolier signataire d’un contrat de partage avec l’État. Qu’en est-il exactement ? 
Je ne connais pas la situation avec le fisc (rires). Nous discutons ensemble en ce moment pour essayer d’avancer parce que nous n’avons juste que deux contrats à gérer et prétendre que cela ne marche pas, ne serait pas bon pour l’image du pays vis à vis des acteurs du secteur. Donc, nous discutons pour voir comment nous pouvons faire évoluer les choses.

WE. : Et c’est exactement quoi le problème avec Safari ?
Il s’agit de retards dans l’exécution des travaux.

WE. : Pourquoi le troisième contrat signé par le gouvernement précédent avec le groupe américain Rhino, n’est-il pas encore envoyé à l’assemblée nationale pour approbation ?
Le gouvernement actuel compte bien aller de l’avant avec ce contrat, le vice-président l’a affirmé et l’étape suivante, c’est la validation, comme vous le dites, par l’assemblée nationale.

WE. : Y aurait-il d’autres sociétés qui veulent se positionner?
Absolument, il y a des sociétés qui sont venues jusqu’à Moroni pour cela. Elles cherchent deux types d’informations techniques et scientifiques relatives au potentiel en hydrocarbure sur la base des données disponibles, mais aussi pour mieux s’imprégner du cadre et de l’environnement des affaires.

Beaucoup observent celles qui se sont déjà engagées et regardent leur évolution. La plus part ont déclaré “attendre le moment opportun” pour entrer en jeu. Ces moments se situant, souvent, au niveau des phases de forage, ils ont besoin d’encore plus d’informations techniques.

WE. : On peut avoir des noms?
... ce sont des multinationales.

WE. : Au total combien de blocs pétroliers ont déjà preneurs sur les quarante?
Trois pour Safari Petroleum, trois pour Bahari Resources et deux pour Rhino Resources.

WE. : Un mot par rapport à la conjoncture actuelle dans le secteur  pétrolier...
Jusqu’il y a deux ans, en juin 2014, nous étions à un baril à 120 dollars et en quelques mois le prix du baril a chuté jusqu’à 30. Imaginez les compagnies productrices qui ont vu leurs revenus divisés par quatre… L’industrie est, en termes d’investissements, au ralenti.

Les banques et les fonds de pensions, qui mettent à disposition les financements, sont devenus réticents et nombre de projets d’exploration sont à l’arrêt dans beaucoup de pays. Certes, après la diminution des quotas de production, il y a eu une légère remontée des prix. Mais toujours est-il que cela reste insuffisant. Il faut espérer que ça remonte encore pour que cela redonne du dynamisme au secteur. 

WE. : L’ambassadeur d’Afrique du sud avait visité le Bureau géologique l’année dernière et avait fait part de la disponibilité de son pays à travailler avec les Comores. Y-a-t-il eu de suites à cette visite?
Monsieur l’ambassadeur a dit qu’il est en train de voir avec les autorités comment arriver à une convention de partenariat pour nous soutenir au niveau de l’expertise et de la formation et nous essayons de mettre en place quelque chose dans ce sens.

WE. : Et pour ce qui est de l’Arabie Saoudite ?
Il y a deux choses à ce niveau. Il y a le gouvernement saoudien et il y a la société saoudienne Aramco. Notre souhait c’est de voir cette société prendre part à l’industrie pétrolière aux Comores. C’est aussi le souhait de l’ambassadeur du Royaume. Ensuite, il y a la décision de la société elle même d’avancer dans ce sens.

WE. : Venons en à la géothermie. Après les études d’exploration de surface et la mobilisation de huit millions de dollars par l’Union africaine pour appuyer la deuxième phase, comment progresse le programme de développement de la géothermie aux Comores?
Avant tout, je dois rappeler le contexte. D’abord, il faut rappeler que la géothermie rentre dans la politique énergétique du pays, le gouvernement est toujours engagé là-dessus. Ce qu’il faut retenir c’est que la géothermie est une source dite “endogène” et une source de ce genre a un impact économique important en termes d’importation.

En effet, les autres sources sont importées, alors que celle-ci est déjà là. En termes de balance commerciale l’intérêt est clair. Deuxièmement, c’est une source renouvelable, donc respectueuse de l’environnement et surtout compétitive en termes de coût. Elle offre des coûts de production assez bas, comparée à d’autres sources y compris renouvelables.

Elle va occuper une place importante dans le dispositif énergétique, puisqu’elle permet de fournir ce que l’on peut appeler une charge de base au niveau du réseau électrique. Même si, au départ, les investissements sont relativement élevés, mais les coûs d’exploitation sont très bas. Elle est stable, moins couteuse et c’est en ce sens qu’elle constitue une énergie de base. 
Voilà en quoi la géothermie est intéressante.

WE. : Et où en est le projet ?
Nous venons de terminer la première phase, l’exploration. Nous disposons, désormais, des éléments qui permettent de quantifier toute la ressource. Nous savons qu’elle est à une profondeur de l’ordre de 1800 mètres et que le réservoir  identifié dispose d’une puissance de 45 mégawatts.

Nous allons donc passer à la deuxième phase qui va consister à faire des forages   exploratoires et des tests sur les capacités du réservoir. Nous en sommes à ce stade. C’est la phase la plus couteuse, qui nécessite le plus de ressources financières. Nous comptons faire trois forages. Et nous avons estimé le coût de toute cette seconde phase à 45 millions de dollars.

WE. : C’est une somme plutôt conséquente?
Effectivement, si on veut reporter au coût unitaire du forage. Mais cela s’explique par les conditions du site qui sont assez difficiles à mille huit cent mètres d’altitude. Il faut une route, fournir de l’eau à raison de trois mille litres par minute. Il y a toute cette infrastructure dans laquelle il faut investir.

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En ce moment, nous travaillons sur ces deux choses là. Et puis, come vous savez, quand on commence le forage, il est quasiment impossible de revenir en arrière. Vu le coût extrêmement cher, il faut faire en sorte de minimiser le plus possible les risques de rater.

A part les études de conception de la route, de fourniture d’eau, d’impact environnemental, etc.  Nous venons de mobiliser une équipe pour ça, avec des experts nationaux et un appui d’un expert venu de la Nouvelle Zélande. C’est après ces infrastructures que les opérations de forage pourront commencer. Nous devons faire des appels d’offres pour trouver le fournisseur qui va faire les opérations de forage. Il s’agira plutôt de plusieurs contractants pour les différents éléments du forage.

 

WE. : Et où en est la mobilisation des financements? 
Nous sommes dans la mobilisation de ces financements que nous voyons comme un tout. Il nous faut l’enveloppe totale pour commencer les opérations. Ces financements viendront de plusieurs contributeurs. L’Union africaine a reparti sa contribution entre le forage proprement dit et les infrastructures et ne débloquera sa contribution qu’une fois l’enveloppe complétée parce que l’opération elle-même ne peut pas se faire à moitié.

Nous avons, à l’heure actuelle, pu mobiliser 40 pour cent du total du financement nécessaire pour la deuxième phase du projet. Les contributeurs sont l’Union africaine à travers son programme Grmf (Fonds pour l’atténuation des risques géothermiques), pour 8,2 millions de dollars. Ensuite, il y a le Fonds pour l’environnement mondial avec le Pnud, d’une contribution de 6,6 millions de dollars. Et puis, la Nouvelle Zélande qui s’est positionnée à hauteur de 4 millions de dollars.

WE. : Mis à part le décret  relatif à l’exploitation des carrières, le secteur minier semble plutôt dépourvu de texte  réglementaire…
Nous avons déjà élaboré un projet de loi relative au secteur des mines. Il sera soumis au gouvernement dès que possible. C’est, justement, cette loi minière qui va prendre en charge la géothermie. Il faut savoir que la géothermie est gérée à deux niveaux. Une partie par les lois régissant le secteur de l’énergie, et l’autre partie, géologique, qui sera régie par cette loi du secteur minier.

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