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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Saminya Bounou s’en est allée : Al-watwan perd une plume, une voix, un socle, une amie

17 Mai 2017 , Rédigé par Aimons les Comores

Saminya Bounou s’en est allée : Al-watwan perd une plume, une voix, un socle, une amie

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Elle a été la première femme à occuper le poste de rédactrice en chef, celui de grand reporter et celui de chef de la rubrique politique de toute l’histoire d’Al-Watwan. C’était une dame de fer, pas toujours dans un gant de velours. Elle était «cash», disait ce qu’elle pensait, pas en aparté mais toujours en pleine «conférence de rédaction» qui se souviendra encore longtemps de ses mémorables coups de gueule… et de son rire légendaire.

 

Saminya  Bounou a déposé ses bagages à Al-watwan en 1999 à la suite d’un concours national pour recruter des journalistes. Auparavant, elle a eu à travailler à l’hôtel Galawa «où le travail commençait à être ennuyant».

Parfaitement trilingue – shikomori, français et anglais – elle a eu aussi à être professeur d’anglais. Mais son vrai métier, celui qui la caractérisait le mieux était le journalisme. 

Soucieuse de la santé mère-enfant et de l’éducation, c’est tout naturellement qu’elle se dirigera vers cette rubrique. Très vite, elle aura la maitrise de ses dossiers. Elle ne les quittera que plus tard.

A Al-watwan, elle aura gravi tous les échelons. De cette grande maison de la presse comorienne, elle connaissait tout. De l’hebdomadaire au quotidien en passant par Al-watwan magazine. Puis elle quittera votre journal un peu moins de quatre ans pour Al-balad, entre 2008 et 2012, avant d’y revenir.

A son retour, forte d’une expérience plus importante, elle sera élue rédactrice en chef, poste qu’elle occupera avec brio durant trois ans de 2012 à 2015. Elle aura, quelques temps après, à prendre sous son aile, les nouvelles recrues qui auront intégré comme elle, le journal à la suite d’un concours.

Elle n’hésitait pas à faire refaire un «papier»*, plusieurs fois. Et elle disait : «le papier n’est pas mal, mais il aurait été mieux si…» Ou encore : «Oui, tu sais, ton article est bien mais tu peux faire mieux», disait-elle dans son bureau, parfois entourée de ses garçons. Et on n’avait plutôt pas intérêt à rouspéter.

 Coups de gueule mémorable et éclats de rire magnifiques

Après avoir été la première rédactrice en chef, elle sera grand reporter et chef de la rubrique politique. Elle aura, du mieux, qu’elle pouvait, couvert la première partie des élections présidentielles de 2016.

Saminya, c’était aussi une dame de fer, pas toujours dans un gant de velours. Elle était «cash», disait ce qu’elle pensait, pas en aparté mais toujours en pleine «conférence de rédaction**» qui se souviendra encore longtemps de ses mémorables coups de gueule.

 

Et de son rire légendaire car Saminya c’était, aussi, un magnifique sourire et des pommettes hautes comme dessinées à la serpe et qui définissaient son fort caractère. 
Le regard vif, pétillant, elle faisait attention à tout. Refusait de se faire mener en bateau et recoupait son information autant de fois qu’il le fallait.

Ses collègues se souviennent d’elle, comme d’une femme rigoureuse, attentive, soucieuse d’apprendre encore et toujours. Ils se souviennent d’une femme de caractère, soucieuse de l’émancipation du sexe dit «faible». Saminya Bounou était la preuve vivante que la femme était tout sauf faible. D’une impertinence salutaire. 

«Samy» était surtout une femme de conviction. C’est  d’ailleurs parce qu’elle était convaincue que la femme comorienne, en général, et la femme journaliste, en particulier, devait se débarrasser de ses carcans qu’elle créera avec d’autres consœurs l’Association des Femmes Comoriennes de la Presse (Afcp) en 2013 dont elle sera la présidente durant deux ans.

Hommages

Au cours de sa mandature, elle aura organisé plusieurs conférences et débats avec le concours de beaucoup de personnalités comme le docteur Oulédi, le président des consommateurs Mohamed Saïd Abdallah Mchangama, toujours centrés sur le rôle de la femme, son parcours en politique, son combat.

Elle aura aussi initié des formations à l’endroit des femmes journalistes en vu de renforcer leurs capacités. Saminya voulait briser le plafond de verre. Et elle y est parvenue sur bien des points.

Les hommages pleuvaient hier sur Facebook et les blogs comoriens. Tous ont salué sa mémoire, sa ténacité, sa plume, son courage. Abdallah Mzembaba (journaliste depuis 2012) écrira sur Facebook : «plus qu’un mentor, plus qu’une collègue, plus qu’un chef, tu as été une source, une bouée et un refuge pour moi».

Abdallah Mzembaba ne sera pas le seul à lui rendre hommage sur le célèbre réseau social. Outre les personnes issues  de la profession, qui toutes ont adressé un message de soutien à la presse comorienne qui perd une de ses plumes les plus vaillantes, à son mari journaliste comme elle, l’ancien ministre Dini Nassur dira de la disparition de Saminya Bounou : «une belle plume cassée, un beau sourire éteint, une femme de conviction perdue».

Saminya était aussi la femme de Mohamed Hassani, journaliste et ancien de la maison, avec qui elle a deux merveilleux enfants.  Va, nous ne t’oublions pas.

* article du journaliste
** réunion des journalistes au cours de laquelle sont décidés les articles à paraitre dans l’édition du jour
 


 

 

 

«Samy», tu t’en es allée, mais tes souvenirs te survivront

Elle vient de nous quitter, mardi 16 mai 2017. «Samy», comme on l’appelait affectueusement, était ma consœur et mon amie. Mais pas tout : elle était aussi ma grande sœur, celle qui conseillait, qui grondait, mais qui savait aussi apaiser.

«Chère Samy, je suis persuadé que si Dieu t’a rappelé à lui si tôt, c’est parce qu’Il te réserve une place parmi ses préférés. Que dire? Si ce n’est que ton départ laisse un grand vide que rien ni personne ne peut combler. Des souvenirs et encore des souvenirs reviennent.

Des moments de partage, de discussions, de silence me reviennent. Je me souviens, notamment, de cette nuit blanche que nous avons passée ensemble à papoter comme de vielles copines à l’aéroport de Nairobi, lors d’un transit au Kenya. C’était en 2011, nous nous rendions en formation au Sénégal.

Nous avions choisi de passer cette nuit ensemble à l’aéroport au lieu d’aller à l’hôtel. Cette nuit là, j’ai appris beaucoup de chose sur toi, sur la vie, sur notre métier, le journalisme. Tes conseils m’ont été d’une grande importance.

Cette nuit là, j’ai connue une sœur, une grande sœur, qui m’a fait voir et savoir d’autres facettes de la vie. Aujourd’hui, je revois encore ces moments passés ensemble. Depuis, un regard suffisait pour nous comprendre car au cours de cette longue rencontre, une complicité était née entre nous.

Je revois en détails, tes efforts, tes soucis, pour réunir les femmes journalistes pour promouvoir la place de la femme dans les médias, défendre et protéger les femmes journalistes dans l’exercice de leur profession en vue de promouvoir la liberté de la presse, ce combat que nous avons mené ensemble.

En effet, soucieuses d’améliorer les conditions de travail des femmes journalistes et convaincues que réunies en association elles pourraient mieux œuvrer pour la promotion de la femme comorienne, en général, et de la femme journaliste, en particulier, nous avons crée en 2013, l’Association des femmes comoriennes de la presse. Notre mission, notre combat continu.

Chère sœur, repose en paix. Les bonnes choses que tu as données aux autres te serviront, j’en suis certaine, là-bas et une meilleure place t’est réservée là haut. De cela, je n’en doute pas !
Mais, je ne peux cacher combien je suis affligée de ta disparition». 

Abouhariat Saïd Abdallah 

alwatwan

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