Le Président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi
Nous publions ci-dessous une lettre ouverte adressée au chef de l'Etat, Ahmed Abdallah Sambi,
par notre confrère KAMAL EDDINNE SAINDOU au sujet du référendum sur la départementalisation de Mayotte, prévu le 29 mars prochain.
A son Excellence
Monsieur le Président de l'Union des Comores
Excellence, Monsieur le président
Permettez-moi d'user de mon droit de citoyen pour vous faire part de mes inquiétudes sur la situation institutionnelle de notre pays. Depuis votre élection à la tête de l'Etat, vous vous êtes clairement prononcé contre le séparatisme et vous en avez donné la preuve de cette conviction en engageant les forces vives du pays et en mobilisant les nations amies des Comores pour rétablir l'ordre institutionnel sur l'île d'Anjouan affaiblissant ainsi le camp des partisans du démantèlement de l'Etat comorien. Dans ce sens, l'annonce de votre intention de réviser la Constitution issue de la crise séparatiste, avait nourri d'énormes espoirs. Cependant, l'avant projet qui vient d'être rendu public manque à l'évidence d'ambition en affichant une vision de court terme au moment où les Comoriens espéraient une véritable refonte constitutionnelle visant à renforcer l'unité politique des Comores, affirmer la souveraineté du pays sur l'ensemble du territoire national et réhabiliter la République née de l'Indépendance du 6 juillet 1975.
Faut-il rappeler que l'actuelle constitution fut élaborée dans un contexte de tension politique où les protagonistes étaient animés par le principal souci de sortir d'un conflit qui s'enlisait plutôt que par la volonté d'affirmer les bases d'une nation réconciliée avec ses valeurs fondatrices d'indépendance, d'unité et de progrès ?
L'exigence d'une révision constitutionnelle s'impose donc comme une nécessité politique qui doit mobiliser tous ceux qui croient encore à l'idée d'une nation comorienne. Vous comprenez Excellence l'amertume de la population qui se trouve ainsi privée de ce moment d'un grand débat sur la reconstruction nationale. L'absence d'une telle dynamique citoyenne confisque de fait l'enjeu national de ce rendez-vous et le confine dans les contours étroits des affrontements partisans et des conflits de pouvoir qui ont fait le lit de l'instabilité politique et du marasme économique que vit l'archipel.
Monsieur le Président,
Si nous insistons sur la nécessité de cette révision constitutionnelle, c'est que la philosophie qui a présidé à son élaboration a été viciée en ce sens qu'au lieu de réconcilier le pays, elle a participé au repli insulaire devenu aujourd'hui la seule norme politique et le principal obstacle à la construction d'un discours de l'identité comorienne en tant que nation. Toute révision doit donc partir du postulat qu'il faut renforcer les bases de l'Etat fragilisé par le processus d'éclatement initié au lendemain de l'indépendance par la sécession de Mayotte. Les soubresauts de 1992 à Mohéli et la tentative sécessionniste de 1997 à Anjouan ne sont en effet que les épisodes d'un long feuilleton qui se joue depuis plus de trente ans.
Monsieur le Président
C'est parce que l'enjeu de cette révision ne peut être que celui de la défense des intérêts suprêmes du pays, sa souveraineté et son unité, qu'il est inadmissible et dépourvu de sens de maintenir deux consultations populaires au même moment et sur le même territoire : le référendum constitutionnel du 22 mars sur les trois autres îles de l'Union et celui du 29 mars sur la départementalisation de Mayotte. La simultanéité de ces deux consultations populaires est lourde de conséquences à plusieurs niveaux. Sur le plan symbolique, elle confirme une acceptation de fait de deux entités territoriales différentes. Cet agenda participe à détourner l'attention des Comoriens et affaiblit par ce fait même, toute réaction contre le projet français de balkanisation des Comores. Si certains doutaient encore de l'existence d'un tel projet, l'Ambassadeur de France à Addis-Abeba vient de fournir la preuve dans son courrier du 28 janvier 2009 adressé à ses homologues africains à la veille du 12ème sommet des Chef d'Etat et de gouvernements de l'Union africaine dans la capitale éthiopienne. Ce texte continue de nier la souveraineté comorienne sur Mayotte. Notons cependant que l'Union africaine qui en est destinataire, n'a pas cédé aux sirènes de l'offensive diplomatique française et vient de réaffirmer sans ambiguïté, son soutien à la revendication comorienne sur Mayotte.
Monsieur le Président,
Au regard de cet enjeu, je vous prie Monsieur le président d'envisager rapidement le report du référendum constitutionnel du 22 mars afin de concentrer toute l'énergie de la nation à défendre son territoire. Le moment est important et la décision est urgente. Comment expliquerait-on au monde que pendant que la France piétine une partie du territoire comorien au mépris du droit international, les Comoriens sont en campagne ? A quelle unité concourt une révision constitutionnelle lorsqu'elle distrait la population et la détourne du principal enjeu de cette unité ? Si la proximité de ces deux consultations populaires à Mayotte d'une part et dans les trois autres îles d'autre part, est une simple coïncidence, admettons qu'elle tombe mal. La France vient de démontrer à travers le courrier de son représentant à Addis-Abeba qu'elle s'apprête à passer en force les barrages du droit international et prépare son opinion et la communauté internationale au fait accompli de son projet de création « d'une communauté de l'archipel » sa nouvelle trouvaille pour nommer la balkanisation de notre pays. S'il est illusoire de penser que la puissance administrante va modifier son agenda sur Mayotte, le gouvernement comorien peut en revanche changer le sien. Parce qu'il y va de l'intérêt suprême des Comores et parce qu'une telle décision serait cohérente avec votre position qualifiant de « nul et non avenu » la tenue d'un tel référendum à Mayotte.
Monsieur le Président,
C'est pour toutes ces raisons et seulement pour celles-là, que je me permets de vous demander d'avoir le courage d'annoncer le report de la date du référendum constitutionnel que vous avez convoqué pour le 22 mars. A chaque fois que l'histoire offre l'opportunité d'unir le pays pour défendre ses frontières, ceux qui assurent les rennes choisissent par opportunisme, d'abdiquer devant leur responsabilité sur ce dossier, manquant du coup d'entrer dans l'Histoire. Or, tant que la question des frontières de l'Etat comorien et donc de son espace vital ne sera pas réglé, celui-ci restera effectivement une fiction et justifiera toutes les aventures qui alimentent son instabilité permanente.
Persuadé que la sagesse vous conduira à prendre une décision à la hauteur de l'enjeu auquel fait face le pays aujourd'hui, je vous prie Excellence d'agréer l'expression de ma profonde considération.
A son Excellence
Monsieur le Président de l'Union des Comores
Excellence, Monsieur le président
Permettez-moi d'user de mon droit de citoyen pour vous faire part de mes inquiétudes sur la situation institutionnelle de notre pays. Depuis votre élection à la tête de l'Etat, vous vous êtes clairement prononcé contre le séparatisme et vous en avez donné la preuve de cette conviction en engageant les forces vives du pays et en mobilisant les nations amies des Comores pour rétablir l'ordre institutionnel sur l'île d'Anjouan affaiblissant ainsi le camp des partisans du démantèlement de l'Etat comorien. Dans ce sens, l'annonce de votre intention de réviser la Constitution issue de la crise séparatiste, avait nourri d'énormes espoirs. Cependant, l'avant projet qui vient d'être rendu public manque à l'évidence d'ambition en affichant une vision de court terme au moment où les Comoriens espéraient une véritable refonte constitutionnelle visant à renforcer l'unité politique des Comores, affirmer la souveraineté du pays sur l'ensemble du territoire national et réhabiliter la République née de l'Indépendance du 6 juillet 1975.
Faut-il rappeler que l'actuelle constitution fut élaborée dans un contexte de tension politique où les protagonistes étaient animés par le principal souci de sortir d'un conflit qui s'enlisait plutôt que par la volonté d'affirmer les bases d'une nation réconciliée avec ses valeurs fondatrices d'indépendance, d'unité et de progrès ?
L'exigence d'une révision constitutionnelle s'impose donc comme une nécessité politique qui doit mobiliser tous ceux qui croient encore à l'idée d'une nation comorienne. Vous comprenez Excellence l'amertume de la population qui se trouve ainsi privée de ce moment d'un grand débat sur la reconstruction nationale. L'absence d'une telle dynamique citoyenne confisque de fait l'enjeu national de ce rendez-vous et le confine dans les contours étroits des affrontements partisans et des conflits de pouvoir qui ont fait le lit de l'instabilité politique et du marasme économique que vit l'archipel.
Monsieur le Président,
Si nous insistons sur la nécessité de cette révision constitutionnelle, c'est que la philosophie qui a présidé à son élaboration a été viciée en ce sens qu'au lieu de réconcilier le pays, elle a participé au repli insulaire devenu aujourd'hui la seule norme politique et le principal obstacle à la construction d'un discours de l'identité comorienne en tant que nation. Toute révision doit donc partir du postulat qu'il faut renforcer les bases de l'Etat fragilisé par le processus d'éclatement initié au lendemain de l'indépendance par la sécession de Mayotte. Les soubresauts de 1992 à Mohéli et la tentative sécessionniste de 1997 à Anjouan ne sont en effet que les épisodes d'un long feuilleton qui se joue depuis plus de trente ans.
Monsieur le Président
C'est parce que l'enjeu de cette révision ne peut être que celui de la défense des intérêts suprêmes du pays, sa souveraineté et son unité, qu'il est inadmissible et dépourvu de sens de maintenir deux consultations populaires au même moment et sur le même territoire : le référendum constitutionnel du 22 mars sur les trois autres îles de l'Union et celui du 29 mars sur la départementalisation de Mayotte. La simultanéité de ces deux consultations populaires est lourde de conséquences à plusieurs niveaux. Sur le plan symbolique, elle confirme une acceptation de fait de deux entités territoriales différentes. Cet agenda participe à détourner l'attention des Comoriens et affaiblit par ce fait même, toute réaction contre le projet français de balkanisation des Comores. Si certains doutaient encore de l'existence d'un tel projet, l'Ambassadeur de France à Addis-Abeba vient de fournir la preuve dans son courrier du 28 janvier 2009 adressé à ses homologues africains à la veille du 12ème sommet des Chef d'Etat et de gouvernements de l'Union africaine dans la capitale éthiopienne. Ce texte continue de nier la souveraineté comorienne sur Mayotte. Notons cependant que l'Union africaine qui en est destinataire, n'a pas cédé aux sirènes de l'offensive diplomatique française et vient de réaffirmer sans ambiguïté, son soutien à la revendication comorienne sur Mayotte.
Monsieur le Président,
Au regard de cet enjeu, je vous prie Monsieur le président d'envisager rapidement le report du référendum constitutionnel du 22 mars afin de concentrer toute l'énergie de la nation à défendre son territoire. Le moment est important et la décision est urgente. Comment expliquerait-on au monde que pendant que la France piétine une partie du territoire comorien au mépris du droit international, les Comoriens sont en campagne ? A quelle unité concourt une révision constitutionnelle lorsqu'elle distrait la population et la détourne du principal enjeu de cette unité ? Si la proximité de ces deux consultations populaires à Mayotte d'une part et dans les trois autres îles d'autre part, est une simple coïncidence, admettons qu'elle tombe mal. La France vient de démontrer à travers le courrier de son représentant à Addis-Abeba qu'elle s'apprête à passer en force les barrages du droit international et prépare son opinion et la communauté internationale au fait accompli de son projet de création « d'une communauté de l'archipel » sa nouvelle trouvaille pour nommer la balkanisation de notre pays. S'il est illusoire de penser que la puissance administrante va modifier son agenda sur Mayotte, le gouvernement comorien peut en revanche changer le sien. Parce qu'il y va de l'intérêt suprême des Comores et parce qu'une telle décision serait cohérente avec votre position qualifiant de « nul et non avenu » la tenue d'un tel référendum à Mayotte.
Monsieur le Président,
C'est pour toutes ces raisons et seulement pour celles-là, que je me permets de vous demander d'avoir le courage d'annoncer le report de la date du référendum constitutionnel que vous avez convoqué pour le 22 mars. A chaque fois que l'histoire offre l'opportunité d'unir le pays pour défendre ses frontières, ceux qui assurent les rennes choisissent par opportunisme, d'abdiquer devant leur responsabilité sur ce dossier, manquant du coup d'entrer dans l'Histoire. Or, tant que la question des frontières de l'Etat comorien et donc de son espace vital ne sera pas réglé, celui-ci restera effectivement une fiction et justifiera toutes les aventures qui alimentent son instabilité permanente.
Persuadé que la sagesse vous conduira à prendre une décision à la hauteur de l'enjeu auquel fait face le pays aujourd'hui, je vous prie Excellence d'agréer l'expression de ma profonde considération.
Moroni, février 2009


