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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Boléro: "Les décisions sont réfléchies avant l'exécution"!

21 Janvier 2013 , Rédigé par Aimons les Comores

Hamada Madi Boléro : “les décisions sont réfléchies avant d’être mises en exécution

 

Bolero

 

"A la différence que le président Ikililou est au pouvoir et gère le pays, et donc il se confronte quotidiennement à la réalité, alors que les autres ne sont pas aux affaires, donc comme un spectateur dans un match de football, ils constatent immédiatement les erreurs et même les fautes et bien évidemment ils crient. C’est aussi cela la démocratie".

 

Trois mois après sa prise de fonctions, le directeur de cabinet du président de l’Union en charge de la Défense nationale accepte de répondre à nos questions sur les missions et le rôle que le chef de l’Etat lui a assignés mais aussi sur des changements possibles. Hamada Madi Boléro parle ici de nouvelles orientations de l’armée, des accords de défense qui lient les Comores à la France, de la force africaine en gestation et de la place des forces comoriennes dans ces nouveaux espaces d’intervention, de concertation et de coordination des forces armées. Il revient sur la place de son parti et de la signification de sa “mise en congé”. Interview.


Trois mois après votre prise de fonctions, des changements majeurs attendus ne sont pas encore intervenus comme on aurait pu raisonnablement le penser...

... Je ne vois pas en quoi ma nomination devait engendrer automatiquement un changement de l’équipe gouvernementale. Nous sommes dans une république et la République a des règles. Celles-ci sont respectées.

Envisagez-vous, au sein du cabinet, des actions ou changements pour mieux répondre aux nombreuses missions de la présidence de la République?

Pourquoi? Les missions du personnel de la présidence ne vous semblent-elles pas claires? Les missions du conseiller économique et financier, par exemple, ne sont pas claires? Je ne comprends pas... Depuis mon retour au cabinet présidentiel, j’ai initié des changements dans la façon de traiter les dossiers comme me l’a recommandé le président de la République. Ensuite, je suis en train, avec mes collègues membres du cabinet, de concevoir et proposer au chef de l’Etat, toute une série de mesures qui nous permettront de remplir les missions dont il nous a chargées.

La seule vitrine extérieure de la présidence demeure beit-salam.km! Or ce site web semble poser de nombreux problèmes en matière de présentation, de services, de variétés d’infos et de régularités dans ses mises à jour… Il y a aussi le fait que, de manière générale l’opinion considère que le pays ne dispose pas encore de stratégie nationale de communication pour le développement. Que repondriez-vous à ce propos?

Là, je suis d’accord avec vous. Et le chef de l’Etat en est conscient. D’ailleurs, il m’a demandé de réfléchir sur une stratégie de communication. Je dois donc vous rassurer que dans un premier temps, il va falloir penser à redynamiser nos ressources humaines en la matière avant de concevoir et mettre en place une nouvelle stratégie de communication.

Le gouvernement élabore des programmes annuels et revient à la charge tous les ans pour évaluer le parcours et adopter des nouveaux programmes. Cependant, le diagnostic dressé par le président est assez sévère, aussi bien dans ses évaluations que dans les résultats obtenus. Faut-il s’attendre à des changements?

Attendez, le 26 mai 2013, le mandat du président Ikililou aura fait deux ans tandis que le pays a trente-sept ans d’indépendance! En faisant le diagnostic, le chef de l’Etat ne s’adresse pas exclusivement à son gouvernement comme si celui-ci serait issu de nulle part ou que ses membres seraient des extraterrestres. Il prend en compte à la fois le présent et le passé. Et acceptez que pour un chef d’Etat, l’improvisation n’est pas une qualité. Les décisions sont réfléchies avant d’être mises en exécution et c’est ce que fait le chef de l’Etat. Maintenant que les Comoriens parlent depuis plusieurs mois des changements, je l’admets car parfois, certains vont même jusqu’à “parler“ de remaniement pendant que le président de la République est en conseil des ministres et d’autres d’imaginer même des décrets qui seraient signés et déchirés aussitôt sans que l’idée même l’eusse traversé l’esprit. L’avion “Comores” a bel et bien décollé et un pilote qualifié, mais prudent, est aux commandes. Il le fera atterrir le moment opportun, c’est-à-dire si toutes conditions sont réunies. Et s’il faut qu’il fasse une escale technique pour éviter des turbulences avant de le poser, il le fera avec tact et rigueur.

Vous êtes en charge de la Défense. Vous avez déjà esquissé vos lignes directrices en matière de discipline et de missions de l’armée à l’issue de votre premier contact avec l’Etat-major. Quelles sont vos priorités en la matière?

J’ai toujours dit que comparativement aux armées de notre continent après les indépendances, nous avions la chance d’avoir une armée qui s’est toujours rapprochée des critères d’une armée républicaine. Nos cadres, dont la plupart ont fait l’école militaire, donc gagnés par le débat intellectuel parfois, il faut le dire d’une façon un peu maladroite, ont su se ressaisir et remplir leurs missions. Dans ce cas et par expérience, puisque c’est la troisième fois que je me retrouve à la tête de ce département, il suffit de les mettre en confiance. Et donc la première priorité, et à coup sûr, consiste à faire communément le constat. Ensuite, proposer des solutions et enfin bâtir la stratégie globale relative à notre politique de défense et de sécurité en conformité avec les orientations du chef de l’Etat et de nos engagements vis-à-vis de nos partenaires. C’est la raison pour laquelle nous projetons un grand séminaire sur ce sujet au troisième mois de cette année pour pouvoir saisir l’Assemblée de l’Union en vue de l’adoption des textes législatifs qui seront conçus.

Les élus ont ratifié le nouvel accord de défense signé à Paris le 27 septembre 2010 qui abroge l’accord de coopération en matière de défense avec la France du 10 novembre 1978, tout comme elle annule la convention relative aux conditions du concours militaire technique français pour la formation, l’organisation et l’équipement des forces comoriennes, ainsi que pour la formation des stagiaires militaires comoriens dans les écoles et centres d’instruction militaires en France du 4 août 1979. En quoi ce nouvel accord nous est profitable par rapport au précédent?

Déjà du fait qu’il abroge celui que vous avez cité et que je qualifierai de “néocolonialiste” ou, pour être moderne, d’accord “relatif à la guerre froide“. Le monde a changé et il était insupportable pour les nouvelles générations d’être en attente du “père noël blanc“ qui viendrait nous secourir. Des accords analogues sont ratifiés partout en Afrique par les anciennes colonies françaises pour permettre à notre continent de se prendre en charge et permettre à ce que la coopération joue son rôle de complémentarité. Notre pays, à l’instar des tous les Etats africains membres de l’Union africaine, appartient au groupement des pays de l’est de l’Afrique avec neuf autres pays. Ensemble, nous nous préparons à mettre en place une force africaine en attente pour répondre aux exigences de paix et de sauvegarde de nos souverainetés. Voyez-vous, les temps ont changé et il n’est pas exclu, de par ce nouveau partenariat, qu’un jour nous soyons utiles militairement pour la France.

La France agit aussi dans le cadre de l’enceinte de concertation et de coordination, née en 1997 en collaboration des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne pour pouvoir agir au profit de la structure de paix et de sécurité de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao). Un groupe qui s’est élargi à d’autres pays (Canada, Pays Bas et Allemagne) et à l’Union européenne. Quels sont les rapports que l’And tisse avec ce groupe ?

Vous savez si j’étais sûr que vos lecteurs suivaient régulièrement ce qui se passe autour de nous aujourd’hui, je me hasarderai à vous parler beaucoup plus sans réserve sur de telles questions relatives à la sécurité internationale et régionale impliquant surtout certains de nos principaux partenaires. Ainsi donc, je voudrais tout simplement vous rassurer que les orientations du président de la République consistent à recadrer notre diplomatie militaire par rapport à nos intérêts à long terme. Il s’agit pour la sécurité de notre pays, des personnes et de leurs biens, de nous rapprocher davantage des pays dont les principes de respect des libertés individuelles et collectives ainsi que des principes universels d’un Etat de droit ne souffrent d’aucune ambigüité. Dès lors, la géopolitique et notre place dans le monde recommande à ce que nous soyons réalistes. Avec ces Etats donc, nous tentons de sensibiliser leurs gouvernements pour que dans un futur proche, nous aussi participions à la sécurisation du monde et de l’Afrique surtout.

La Force africaine en attente, composée de troupes d’intervention, devrait être opérationnelle à l’horizon 2015. Ses missions se résument à l’action militaire en appui d’une mission politique, mission d’observation avec l’appui de l’Onu, mission d’observation sans l’appui de l’Onu, déploiement d’une force de maintien de la paix et déploiement préventif, maintien de la paix pour des missions complexes (aide humanitaire, désarmement, administration) en milieu hostile, enfin intervention d’urgence (génocide…). Les Comores sont-elles prêtes à y prendre part?

Justement, chaque jour, l’Armée nationale de développement est en oeuvre pour sa mise en place pratique. Je viens de signer un arrêté qui désigne un officier de l’And comme point focal de cette mission. Au mois de mars, en conseil des ministres qui se tiendra à Kampala, nous examinerons avec mes neuf autres collègues les modalités pratiques des manoeuvres communes qui se dérouleront en Ouganda. Bien sûr que nous attendons également, de la part de nos partenaires français et américains par exemple, un appui.

Revenons à la politique. Votre parti, la Crc, revient sur le devant de la scène et dresse un réquisitoire sévère contre la gestion du président. Cette posture ne risque-t-elle pas de vous fragiliser?

D’abord, vous le disiez vous-même, le président Ikililou ne manque pas de critiques sur la façon dont l’Exécutif conduit la politique de la Nation. Depuis mon entrée au cabinet, le chef de l’Etat réunit presque chaque semaine des corps de notre administration et j’avoue qu’en lisant le secrétaire général de mon parti, je remarque des similitudes. A la différence que le président Ikililou est au pouvoir et gère le pays, et donc il se confronte quotidiennement à la réalité, alors que les autres ne sont pas aux affaires, donc comme un spectateur dans un match de football, ils constatent immédiatement les erreurs et même les fautes et bien évidemment ils crient. C’est aussi cela la démocratie.

Au sein de votre parti, les leaders se positionnent pour les futures élections présidentielles. Vous allez jouer quelle carte? Azali, Msaidié, Aboudou Soefo… Ou vous allez abattre vos propres cartes?

Là, vous m’apprenez des choses. Soit. Il est légitime que dans un grand parti comme la Crc, les ambitions s’affichent et s’expriment. Cela est propre aux grandes formations et ceux que nous appelions avant “nos ancêtres” en connaissent quelque chose. L’essentiel est qu’à la fin, l’unité du parti n’en souffre point. En ce qui me concerne, pour l’instant, le président de la République m’a honoré en me chargeant d’une mission, celle de l’accompagner, en tant que compagnon de toujours depuis l’enfance, pour qu’il réussisse sa mission et ayant demandé à mon parti de me libérer des obligations partisanes, je crois que vos lecteurs comprendront que c’est plus qu’un devoir pour moi de garder ma neutralité. N’empêche qu’en tant qu’homme politique, j’ai mes préférences et mes soutiens qui, il est vrai, ne sont pas si importants.

Nous avons assisté souvent à des bras de fer, voire des conflits ouverts entre les vice-présidents de l’Union. Comment sont-elles gérées ces crises?

Vous avez des mots durs! Conflits, vous dites? Non. Des contradictions ensuite des mises au point et de recadrage par le chef de l’Etat, affirmatif. Mais c’est le propre d’un système présidentiel et avec notre cadre institutionnel issu de la constitution du 23 décembre 2001, cela est tout à fait normal. Une chose est sûre: l’Exécutif est uni et les formes sont respectées et c’est l’essentiel.

On parle de parti présidentiel à créer. S’agirait-il d’un parti du pouvoir?

Je vous laisse philosopher.

Propos recueillis par Ahmed Ali Amir

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