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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Chaher :"Finir la tournante avec un Maorais"!

1 Mars 2013 , Rédigé par Aimons les Comores

Contribution. Finir la tournante par un maorais, s’il s’en trouve ! (Par Mohamed Chaher S. Massonde)

Mohamed_Chaher


Le 19 février 2010, j’écrivais dans un article, intitulé “Réconcilions les Comoriens....”, que le système de présidence tournante était dangereux et antidémocratique. Aujourd’hui, et au vu de la candidature annoncée aux élections présidentielles de 2016 de Hakim Ali Said, comorien de Maore, je persiste et signe que la Tournante est dangereuse et antidémocratique.

Antidémocratique, parce que, en affectant d’office à une entité la désignation des trois seuls présidentiables à la magistrature suprême du pays, ce système limite le choix du peuple qui, donc, n’a pas la liberté de choisir celui qu’il juge le meilleur pour conduire sa destinée. On rétorquera que c’est la loi, votée par référendum ! Effectivement, mais il faut se rappeler que ce fut une loi “imposée” par un chantage à la sécession, pour faire céder les séparatistes anjouannais et prévenir les menaces de sécession qui pointaient à Mohéli.

Le système est dangereux pour deux raisons essentielles. D’abord, comme je le disais en 2010, il ne permet pas nécessairement d’élire le plus capable pour diriger le pays, mais seulement le moins incapable des trois non éliminés, l’essentiel étant que l’île, organisant les primaires, voit un de ses enfants présider l’Etat ! Personne ne peut affirmer que les Anjouannais les plus aptes à diriger le pays étaient nécessairement les trois qui restaient après la primaire de cette île en 2006 !

Mais, admettons-le, ce furent les trois “démocratiquement” arrivés en tête conformément à la Constitution en vigueur ; cela suffisait au bonheur de la “médiocratie“ des séparatistes. Plus grave, ce système est dangereux parce qu’il alimente le chauvinisme régional au détriment de la cohésion nationale : la revendication n’est plus de trouver le meilleur président possible par son sens de l’intérêt général, par les preuves de ses compétences, par son intégrité et son honnêteté dans la gestion des affaires, enfin par sa connaissance du pays et sa popularité, non! L‘essentiel est d’avoir comme président l’enfant de “notre île“, pour qu’on puisse se vanter de “yatru sirikali“! (notre présidence).

Avec un tel raisonnement, nous risquons demain d’entendre chaque canton à Ngazidja, chaque préfecture à Mwali ou Ndzuwani, pourquoi pas chaque village ici et là, réclamer son tour de voir un de ses enfants occuper le poste de gouverneur de l’île. La logique “démocratique” de la Tournante actuelle n’interdit pas pareille extrapolation. Je crains que ce ne soit le raisonnement qui guide la candidature proclamée de Hakim Ali Saïd.

En tout cas, c’est le danger que représente cette intention avouée. En effet, elle se réfère à une compréhension de la Constitution qui stipulerait qu’après Ngazidja, Ndzuwani et Mwali, la présidence doit revenir à un Maorais. Mais c’est là, une fausse et mauvaise lecture de cette mauvaise Constitution! L’article 13 qui traite de la Tournante ne dit pas que le président doit être de telle ou telle île, mais que la primaire doit tourner d’une île à une autre par l’organisation, dans l’île à qui le tour revient, d’une primaire qui désignera les trois premiers candidats devant disputer le deuxième tour national (dit “élections générales, ndlr) devant désigner le président.

Tournent donc, non pas les hommes-présidents, mais plutôt les primaires! Où surgit l’erreur des constitutionnalistes de 2001, car dans leur esprit, chaque île devait à son tour avoir comme président, un de ses enfants. L’erreur est d’autant plus criante qu’aucun autre texte fondamental ne permet d’exclure, d’une façon précise et légale, de cette primaire quelque Comorien qui soit. En effet, comment définir légalement qui est M’maore, qui est Mdzuwani, qui est M’mwali, qui est Mgazidja???

Aux primaires de quelle île pourra, dès lors, se présenter mon enfant né à Ngazidja (droit du sol), d’un père Mdzuwani et d’une mère M’maore (droit du sang), et épousant une M’mwali (droit de l’alliance)? Aucun texte ne donne la réponse! Hakim Ali Saïd ne peut donc pas, avec raison, revendiquer une candidature en se référant à la Tournante, car organiser une primaire à Maore en 2016 semble aujourd’hui impossible (quoique souhaitable)! Doit-il pour autant renoncer à son intention? Je réponds Non!

Non, car dans la logique de l’actuelle Tournante, Mayotte peut prétendre aussi avoir un enfant président des Comores, puisque l’île, bien qu’occupée par une puissance étrangère, est partie intégrante des Comores indépendantes. Comment alors arriver à cette fin souhaitable? En mettant fin à cette mauvaise pratique qu’est la Tournante, surtout qu’en 2016, les trois îles libres auront exercé chacune son tour en révisant donc la Constitution pour autoriser la candidature à la présidentielle de tout citoyen comorien remplissant les conditions civiles et civiques prévues par la loi ; en prévoyant une disposition transitoire pour la prochaine présidentielle de 2016, qui indiquera que les Comoriens originaires de Maore, remplissant les conditions civiles et civiques prévues par la loi, conduiront des listes comportant, outre le candidat-président maorais, les quatre vice-présidents prévus par l’article 13 de la Constitution.

Cette révision constitutionnelle, en mettant un terme à cette mauvaise pratique de la Tournante, permettra à Maore de boucler, malgré tout, la boucle de ce système, et prouvera par la même occasion au monde entier que Maore est partie intégrante de notre Etat, et qu’aucun Comorien ne le conteste. Refuser cette possibilité reviendrait à tomber dans le piège tendu par ceux qui cherchent par tous les moyens et en toute circonstance, à nous confondre dans notre revendication de l’intégrité de notre pays et de l’Unité de notre peuple. Au contraire, ouvrir cette possibilité aux enfants de Maore sera une nouvelle preuve de notre Volonté de vivre tous ensemble, Libres et Egaux en droits et en devoirs.

Combien alors seront les enfants maorais qui, le plus tôt possible, se mettront en selle pour annoncer leur candidature et lancer leur campagne en vue de former leurs équipes et préparer leur programme? Je ne suis pas certain que les candidats seront nombreux jusqu’à se bousculer dans la course. D’autant plus qu’ils devront, en même temps et dès maintenant, s’opposer haut et fort à Mayotte même, aux maltraitances dont sont victimes quotidiennement, au mépris de la loi qui régit l’île, les pères, mères, frères et soeurs de ceux-là mêmes à qui, en 2016, ils iront solliciter les voix qui leur permettront de devenir président (maorais) des Comores.

Mohamed Chaher S. Massonde

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