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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Comores/Anjouan: 17 Chiites et leur gourou arrêtés!

5 Février 2013 , Rédigé par Aimons les Comores

Loi sur les pratiques religieuses : Plusieurs chiites arrêtés à Ndzuwani


Mahamoud Abdallah Ibrahim, connu comme étant le gourou des adeptes du chiisme à Ndzuwani, a été arrêté avec dix-sept de ses coreligionnaires par la gendarmerie, vendredi à Mutsamudu. Du matériel radiophonique (tuner, microphones et haut-parleurs), servant à ses prêches, a été également saisi à son domicile, sur la terrasse duquel est aménagé un espace de prière et de rassemblement.

 

Chiites_Ndzuwani



C’est d’ailleurs ici que le groupe a été appréhendé, juste après la grande prière du vendredi. Il semble qu’ils étaient en train de célébrer, à leur manière, le mawulid (la naissance du prophète Muhammad). Ces personnes ont été libérées samedi soir, après avoir passé un peu plus de vingt-quatre heures de garde à vue. D’après l’une d’elles Saïdali alias Silverio, le groupe a bénéficié d’une liberté conditionnelle : ses membres doivent, de temps en temps, se présenter à la gendarmerie pour signaler leur présence.

Interrogé par Al-watwan sur les circonstances exactes de ces arrestations et si c’était le parquet qui les avait ordonnées, Ayinou, le substitut du procureur de la République au palais de justice de Mutsamudu, a juste expliqué que “ces gens étaient en train de transgresser la loi sur la pratique religieuse”, récemment entrée en vigueur.

Et d’ajouter que “les gendarmes n’ont pas besoin d’être mandatés par le parquet pour intervenir lorsqu’ils attrapent des gens en train de transgresser la loi”. Cette affaire a, le lendemain, nourri la palabre dans tous les lieux de rassemblement de Mutsamudu ; partout où l’on passait, l’on n’entendait parler que de la fameuse “rafle chez les chians”. Certains, comme l’uléma Koussoy Abdallah (à l’origine du texte soumis à l’assemblée nationale en 2008 et qui deviendra, cinq ans après, la fameuse loi sur les pratiques religieuses aux Comores), jubilent.

“C’est ce qui devait arriver : après la promulgation du texte, il fallait passer aux actes”, a-t-il déclaré à un confrère. “Comment peut-on parler de propagande ? Ces gens étaient dans leur propre lieu de culte, entre eux !”, commente ainsi Moustakim, un voisin de Mahamoud, qui a assisté à l’intervention des gendarmes. Quant à Mahamoud Abdallah Ibrahim, il admet que la gendarmerie lui avait bel et bien notifié les dispositions de la nouvelle loi en question, et dit avoir même donné son engagement à ne pas faire de propagande religieuse.

Il estime, toutefois, qu’il n’était pas justement en train d’en faire une, et qualifie donc leur arrestation d’arbitraire. Il faut dire que depuis l’entrée en vigueur, il y a presque un mois, du décret présidentiel portant règlementation générale des pratiques religieuses en Union des Comores, plusieurs incidents opposant la population anjouanaise ou l’autorité de la gendarmerie à des chiites ou des wahhabites ont été recensés.

A Tsembéhou, des chiites qui célébraient le mawulid ont été dispersés et leur maître à penser a été arrêté et a passé des heures de détention à la gendarmerie. A Pomoni, un présumé wahhabite qui remuait l’index dans sa prière (comme le font certains dans la phase terminale de la prière musulmane) a été violemment expulsé de la mosquée. Ce même samedi à la gendarmerie de Mutsamudu, pendant qu’ustadh Mahamoud et ses fidèles écopent leur garde à vue, un groupe de wahhabites originaires d’Adda-Daweni arrivent sur les lieux avec leurs accusateurs chafiites.

Un litige religieux, qu’ils n’ont pas daigné communiquer, les oppose. A Wani, la mosquée Potoleya, dirigée par des wahhabites, ne célèbre jamais le mawulid. Mais cette fois, en vertu dit-on de la nouvelle loi, une partie de la jeunesse wanienne s’apprête à le célébrer, “de gré ou de force”, le mardi 5 février, avec le risque d’une confrontation avec les dirigeants de ladite mosquée. Rappelons que la loi, promulguée par décret portant règlementation des pratiques religieuses aux Comores, dispose, en son article premier, qu’“en matière de pratique religieuse, la doctrine ahli sunnat wal djamaan, sous couvert du rite al Chaffy, est la référence religieuse officielle en Union des Comores”, et que “dans les mosquées, les imams sont tenus de s’y conformer”.

Le deuxième article prévoit une peine d’emprisonnement ainsi qu’une amende contre “toute campagne, propagande, pratique religieuse ou coutumière non conforme à la doctrine mentionnée à l’article premier, dans les lieux saints ou assimilés ou tout autres lieux publics, qui cause par sa nature des troubles sociaux, porte atteinte à la cohésion sociale ou met en danger l’unité nationale”.

Selon toute vraisemblance, un recours contre ce décret a été déposé devant la Cour Constitutionnelle des Comores par la communauté chiite comorienne.

Sardou Moussa

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