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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Comores: Le blason d’un régime redoré par un malheur

29 Avril 2013 , Rédigé par Aimons les Comores

 

 

La tentative de putsch, une aubaine pour Beït-Salam

 

 

 

Quand un gamin usant ses fonds de culottes sur les bancs de l’École primaire participe à un défilé de dénonciation des «assassins» qui voulaient tuer Ali Soilihi, et scande, comme tout le monde, «E Makatili! Naoirawé Hitsoi!», «Les assassins! Qu’on leur coupe la tête!», sans savoir de quels «assassins» il s’agissait et à quelle allusion d’«assassinat» on faisait, quelques décennies plus tard, il prend quelques précautions face aux manifestations «spontanées» de soutien à un régime politique en place qui vient de traverser une épreuve difficile. D’ailleurs, les mêmes qui avaient pris part à cette procession au cours de laquelle avaient défilé les Mohéliens entre Djoiezi et Fomboni pour soutenir Ali Soilihi avaient dansé pendant des jours à la suite du coup d’État du 13 mai 1978, jusqu’à ce que la nouvelle de l’assassinat du chef de la Révolution soit annoncée le 29 mai 1978, les réveillant subitement et leur faisant comprendre que quelque chose de très grave et d’inadmissible venait de passer.

 

Aujourd’hui, au train où vont les choses, et malgré l’immense hypocrisie qui entoure la plupart des motions de soutien à Ikililou Dhoinine et les condamnations du bout des lèvres, on doit se dire que loin des foules grouillantes des rues comoriennes en émotion plus ou moins sincère, les ténors du régime politique en place doivent jubiler, se frotter les mains et se donner de grandes tapes sur le dos car, le passage de régime politique impopulaire et honni au statut très spécial de victime apporte beaucoup d’eau au moulin de Beït-Salam. Il faut voir ceux qui, encore hier, vouaient aux gémonies ce régime politique honni, aller de leur condamnation de la tentative de coup d’État. Esprit républicain, quand tu nous tiens… Dans un tel élan d’émoi, qui oserait se mettre en marge de la communauté nationale?

 

Naturellement, il ne viendrait à l’esprit de personne de se réjouir d’une affaire aussi grave, et en même temps, la récupération politicienne qui en a été faite n’est pas saine. Ici, nombreux sont ceux qui estiment, par exemple, que la manifestation de soutien à Ikililou Dhoinine, telle qu’organisée à Mohéli le jeudi 25 avril 2013, a fait l’objet d’une instrumentalisation inacceptable de la part du Gouverneur Mohamed Ali Saïd, qui avait décrété ce jeudi férié – il est un habitué du fait –, et par le parti cocotte-minute Union pour le Développement des Comores (UDC). Ce qui fera dire à Elamine Ali Mbaraka, le militant de toujours: «Nous condamnons cet acte gravissime qui porte atteinte non seulement à la vie du chef de l’État mais aussi à la stabilité du pays», «cependant, c’est le Gouvernorat de l’Île qui s’est approprié la manifestation alors que nous défendons tous l’État de Droit. Pourtant, l’Île de Mwali va mal au vu et au su du Président. Les Mohéliens doivent descendre tout le temps dans la rue». Cette instrumentalisation politicienne de l’émotion populaire a poussé les ténors de l’opposition mohélienne à ne pas prendre part à la manifestation de dénonciation de la tentative de coup d’État.

 

À Djoiezi, notre foyer natal, on a innové car, pour la première fois, les affaires de l’État se règlent dans les mosquées, où il est demandé régulièrement à Dieu de châtier les auteurs de la tentative de putsch: «Qui s’en remet à Dieu n’est jamais égaré», nous apprend le proverbe. Place de l’Indépendance, à Fomboni, on a même égorgé un bovin, et il serait intéressant de savoir qui l’a acheté. En plus, l’insularité prévaut à Mohéli, où on ne soutient le Président de tous les Comoriens, mais le chef d’État originaire de Mohéli. Dans un tel moment de passion et de déchaînement, il n’est pas possible de parler de République et d’esprit républicain à gens pour qui la seule motivation de cette tentative de putsch réside dans le fait que le Président de la République est originaire de Mohéli.

 

En attendant, voir les barons du sambisme faire semblant de défendre leur ancien «frère» entré en «ingratitude dissidente» a quelque chose de poignant et d’émouvant. Ces gens-là ont raison d’adopter un profil bas, puisque le coup a été un échec. Pourquoi se réclamer d’un échec pour le moins lamentable? D’ailleurs, on se croirait revenu à l’époque de la fameuse «inscription», quand entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2010, tous les politiciens comoriens ou presque se sentaient obligés d’aller faire allégeance à Ikililou Dhoinine, dans l’attente de subsides en cas d’élection fort prévisible de ce dernier. La Realpolitik ou réalisme politique, le b.a.-ba d’une carrière politique «réussie», aux Comores et ailleurs.

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Par ARM -www.lemohelien.com

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