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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Je regrette que l'ORTC demeure un lieu privé

8 Mars 2013 , Rédigé par Aimons les Comores

Interview / Me Fahmi Said Ibrahim, chef du parti PEC

 

 

«Je regrette que la télévision nationale demeure un lieu privé»



Fahmi Said Ibrahim leader du parti PEC répond à HZK Presse La Gazette


L’actualité politique dans le pays est riche ces derniers temps. De la dernière sortie de Sambi, en passant par la création du parti présidentiel ou la crise à la cour constitutionnelle, les politiques ont du pain sur la planche. Alors que les sambistes se réunissent en Alliance, on a remarqué l’absence de Me Fahmi Said Ibrahim, le dernier ministre des affaires étrangères de Sambi. Une situation que ce leader du parti PEC a accepté de décortiquer avec nous.

 

Question : Quelle lecture faites-vous de la situation politique actuelle du pays ?


Fahmi Said Ibrahim : La situation actuelle du pays est foisonnante. Plusieurs partis naissent ces temps-ci. Donc, on peut dire que le terrain politique est manifestement fertile. Il y a de choses bonnes qui se passent et d’autres moins bonnes. Ce que je regrette de ma part, c’est l’absence d’espace de débat contradictoire. Au lieu de faire des déclarations çà et là parfois inopportunes, s’il y avait ces espaces, il y aurait des débats productifs et où nous les Hommes politiques serions jugés par nos convictions, nos idées et non pas par des journaux interposés. Je regrette la disparition du quotidien Albalad car il était un instrument fantastique qui relatait et qui transcrivait le débat politique dans le pays. Je regrette la disparition de CRTV quoi qu’on puisse penser sur cette télévision. Mais elle contribuait au débat politique. Je regrette que la télévision nationale demeure un lieu privé où seul certaines personnes ont accès. Vous me direz que rien n’a changé. Peut-être mais faudrait-t-il que la question soit posée sérieusement dans le pays pour que cet instrument soit un espace de débat contradictoire où tout le monde puisse avoir accès. Je rappelle qu’il n’est pas normal que des élus n’aient pas accès à la télé. Moi-même j’étais censuré. On ne peut que dénoncer cet état de faite.

 

Question : Quel est votre regard par rapport à la dernière sortie de l’ancien président Sambi ?


F.S.I : Le président Sambi est un citoyen comme tous les autres. Dès lors qu’il s’est exprimé en privé dans un lieu privé ça ne me gêne pas outre mesure. C’est un ancien chef de l’Etat et il a parfaitement le droit de s’exprimer et de dire ce qu’il pense. Je pense qu’il faut accepter ces débats, ces déclaration et je n’ai pas de remarque particulière à faire sur la sortie du président Sambi. Azali en a fait autant. Et il faut respecter les anciens chefs d’Etat. C’est à eux de juger leur calendrier et leur sortie. Ce n’est pas à nous d’apporter des jugements.

 

Question : Ces derniers temps des nouveaux partis politiques naissent. C’est le cas du RADECO. Que diriez-vous à cette formation politique ?


F.S.I : Je leur souhaite la bienvenue dans l’activité politique nationale et je pense que tout parti politique a sa place dans le pays. Je n’ai pas d’observation particulière à faire. Je pense que je suis non seulement légaliste mais un républicain convaincu. Il ne faut pas être exclusif. Si les créateurs de ce parti sont convaincus que nulle part dans les 50 partis existants, ils ne peuvent évoluer, ils ont parfaitement le droit de créer le leur. Ce qui m’a quelque peu gêné en revanche, c’est les motivations de Soimadou invoquées dans votre journal (La Gazette : ndlr) quand il fait allusion à l’ANC, au FLN, au RENAMO Mozambicain et au parti Mapinduzi de la Tanzanie. Soimadou, ou il n’a pas évolué depuis 40 ans, ou il triche avec les électeurs. Parce qu’il a omis d’expliquer que tous ces mouvements sont des mouvements de libération nationale. J’aurai aimé que Soimadou m’explique de quelle libération s’agit-il pour créer le parallélisme entre ces partis et le nouveau parti crée en 2013. Autant je respecte la création du parti, autant je ne suis pas d’accord qu’on veuille nous expliquer à travers un parallélisme qui ne peut s’expliquer. Je pense que ce serait beaucoup plus honnête de dire que c’est un parti du pouvoir et s’organise pour le pouvoir et ils auraient parfaitement raison.

 

Question : Les anciens ministres du président Sambi ont créé une alliance et vous ne faites pas parti. Pourquoi ?


F.S.I : Je ne sais pas mais il faudrait peut-être voir ceux qui ont formé l’Alliance et leur poser la question. Ce qui est certain, quand j’ai fait mon congrès, il y a un an, je les ai invités et ils n’ont pas voulu venir. Ils ne sont pas venus alors que les autres partis même de l’opposition ont honoré de leur présence. Là il y a 5 jours, ils sont allés rencontrer le chef de l’Etat et ils ne m’ont pas convié. Donc, ce n’est pas à moi de demander mais à eux. Ils ont certainement de bonne raison que je respecte. Pour ma part, je respecte Sambi maintenant je ne sais pas pourquoi ces anciens ministres n’ont pas cru opportun de m’associer à cette démarche.

 

Question : En tant qu’avocat, vous suivez la crise à la cour constitutionnelle ?


F.S.I : La crise à la cour constitutionnelle est regrettable. En tant qu’Homme politique, je ne peux que déplorer ce qui se passe depuis quelques mois. Je pense que ça ne rehausse pas l’image de cette cour qui en a besoin. Le tribunal administratif a statué en matière de référé et a suspendu me semble-t-il la décision rendue par cette même cour. En tant qu’avocat, je ne peux que me soumettre à la décision de la justice. Si la cour venait à ne pas respecter cette décision, ça serait extrêmement grave puisque elle-même ne l’accepterait pas que ses arrêts ne soient pas respectés. Comment cette même cour qui rend des décisions ne voudrait pas respecter une décision rendue par une autre juridiction puisque je rappelle que la cour constitutionnelle n’a pas statué en matière constitutionnelle mais en matière administratif. J’appelle la cour à respecter la décision en matière administrative par les juridictions de l’ordre judiciaire. Sinon, à mon sens, elle risque de compromettre la crédibilité de cette institution et ce n’est pas ce que nous souhaitons.

 

Question : Mais il a été exclu à la cour constitutionnelle?


F.S.I : En droit, il existe ce qu’on appelle le parallélisme des formes. Celui qui nomme, c’est celui qui peut mettre fin au mandat. Le président Bousry a été élu et certes ceux qui l’ont élu peuvent mettre fin à son mandat. Mais puisque ce n’est pas eux qui ont nommé Bousry comme membre de la cour, ils ne peuvent en aucun cas l’enlever de la cour. Il appartient à l’autorité qui l’a nommé de mettre fin à son mandat. Les membres d’une cour ne peuvent pas mettre fin au mandat d’un membre de la cour. Autant on pourrait comprendre que cette haute juridiction aurait mis fin au mandat de président de la cour mais pas au mandat de membre de cette cour. Il me semble qu’il n’est pas en droit possible qu’il le fasse.

 

Question : Et l’actualité, c’est aussi à la loi sur les pratiques religieuses dans le pays ?


F.S.I : Je suis respectueux de la liberté de conscience. La constitution comorienne garantit la liberté de conscience. En revanche ce qui est interdit, c’est le prosélytisme, c’est de faire campagne pour une autre religion. C’est ce qui est interdit par le code pénal. Maintenant qu’un chiite reste chez lui et qu’il fasse ses pratiques, il a parfaitement le droit. C’est le prosélytisme du chiisme qu’on doit combattre comme le prosélytisme du Wahhabisme. Il faudrait attirer l’attention des comoriens que le Wahhabisme n’est pas compatible avec la culture comorienne. Il est contraire aux mœurs des Comores. Je voudrai inviter avec une grande vigilance pour ceux qui veulent nous dicter des comportements contraires à notre civilisation, contraires à nos convictions. Même si effectivement ces courants Wahhabites sont financés par des courants similaires étrangers.

 

On doit rester vigilant puisqu’on a vu que le Wahhabisme était capable du pire dans d’autres contrées. Je pense que notre islam vanillé est parfaitement conforme à notre civilisation et à notre culture. Il faudrait expliquer aux comoriens qu’il ne s’agit pas de faire la chasse aux autres consciences, qu’à chacun sa conscience, à chacun sa religion et à chacun sa pratique. Et que ces pratiques privées restent dans le privé. Mais dès lors qu’on est dehors, on doit être respectueux de notre religion qui a été fixée non seulement par la constitution mais également par cette loi.

 

Propos recueillis par Mohamed Youssouf

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