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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Mahmoud.M.Elarif: "Il faut que chaque île jalouse l'autre"!

28 Janvier 2013 , Rédigé par Aimons les Comores

Mahamoud Mohamed Elarif : “Il faut que chacun dans son île fasse jalouser l’autre…”

Mohamed_Elarif


Le directeur de cabinet du gouverneur Anissi Chamsidine aborde dans cet entretien exclusif les grandes questions qui font La Une à Ndzuwani. Mahamoud Mohamed Elarif revient sur les réformes conduites dans l’île, évoque les projets sociaux et de développement, et la gestion des affaires. “En aucun moment nous n’avons bafoué les règles de la République. Je peux vous dire au contraire qu’à Ndzuwani, il se passe de bonnes choses qui ne se passent pas ailleurs… Ce type d’initiative traduit pleinement l’entente qu’il y a entre notre Exécutif et l’autorité fédérale”, défend-il.

Le gouverneur de Ndzuwani a remanié son conseil des commissaires, juste après la clôture du séminaire du gouvernement. Savez-vous ce qui a motivé ce changement? Quelles sont les priorités de la nouvelle équipe?

Les commissaires avaient un plan de travail, lequel a été évalué au mois de décembre dernier par le gouverneur. Cette année aussi, l’Exécutif avance selon un plan d’actions précis. Le gouverneur Anissi compose ses équipes suivant les objectifs qu’il se fixe. Jusqu’ici, son Exécutif a oeuvré pour instaurer plus de transparence dans la gestion des finances de l’île, en créant notamment un service d’inspection des finances. Grâce à notre système de sécurisation des recettes, celles-ci ont doublé. Elles sont passées de 260 millions en 2010 à 700 millions fin 2012. La taxe sur le girofle a contribué à rehausser ce chiffre, avec quelques 300 millions récoltées par an. Je vous rappelle que les réformes économiques et financières conduites à Ndzuwani ont, dans une large mesure, contribué à la réussite du programme Ippte. Notre Exécutif a pour cela, d’ailleurs, reçu les félicitations du Fonds monétaire international et du ministère des Finances. Mais passé ce cap, il nous faut maintenant évoluer.

Vers quoi exactement?

Notre Exécutif conduit, en ce moment, plusieurs projets sociaux et de développement. Nous construisons des pistes de communication vers les champs dans plusieurs localités, histoire de faciliter l’accès des cultivateurs à leurs terrains agricoles et ainsi booster le secteur. Volet médias et information, notre projet de réhabilitation et de numérisation de la Radio-télé Ndzuwani se concrétise. En mars prochain démarreront les travaux. Nous avions enregistré quelques retards dus au financement mais tout est, désormais, réglé puisque nous avons obtenu les prêts auprès d’institutions financières. Ce projet coûtera 200 millions. Les relais qui seront disposés partout dans l’île permettront, par ailleurs, à la radio nationale de pouvoir étendre son champ d’émission. Nous tenons beaucoup à ce projet car une grande partie de la population de l’île n’écoute que “Mayotte première”, puisque c’est la seule radio qu’elle peut recevoir. Un autre projet en cours est celui relatif à la construction des hôtels de ville dans toutes les communes de l’île. Le président de la République nous soutient financièrement dans ce vaste chantier. L’hôtel de ville de Vuani est déjà fini et l’on attend juste son inauguration. Ceux de Moya, Ongoju et Koni sont encore en chantier. Pendant qu’on construit les bâtiments, nous cherchons déjà leur équipement. En ce qui concerne le traitement des déchets, des sites sont déjà identifiés, il reste à faire les aménagements nécessaires. S’agissant de l’Education, vous savez sans doute que la terminale d’excellence est un projet que tout reconnait l’importance. 50 millions de francs par an y sont consacrés. Autrement dit, un élève de cette terminale coûte à la trésorerie de l’île deux millions par an.

Le gouvernement a placé son action sous le signe de la légalité. Ce concept est repris par le nouveau conseil des commissaires qui l’associe au premier abord au respect des règles de passation des marchés publics. Mais, par extension, que signifie ce mot dans les pratiques et le mode de gouvernance de l’Exécutif anjouanais?

La légalité, nous prenons le soin de nous y conformer à l’occasion de toutes nos actions. Le respect des règles de passation des marchés publics est un critère parmi d’autres qui définissent cette disposition à se conformer à la loi dans l’usage du pouvoir public. Pour le moment, l’on installe les structures nécessaires pour faire appliquer ces procédures. Le mécanisme sera prêt d’ici mars

Sur un tout autre sujet. Ndzuwani est trop souvent taxée d’électron libre au sein de la République, évoluant en rupture de celle-ci…

… Chacun dit ce qu’il croit savoir, nous sommes dans un pays de libre expression. Mais ce n’est pas pour rien que nous sommes félicités par le Fmi et le gouvernement pour notre gestion de l’île. Cela signifie, tout simplement, que nous nous sommes appliqués à la feuille de route édictée par l’Etat et ses partenaires financiers. En aucun moment nous n’avons bafoué les règles de la République. Nous sommes parfaitement au diapason avec le gouvernement central. Si ceux qui avancent cette thèse se réfèrent encore à la mesure qui a été prise concernant le riz, eh bien, si cela était à refaire, nous le referions! Nous étions dans notre rôle, à savoir celui de défendre les intérêts de nos administrés! Et Dieu merci, grâce à ce cri d’alarme, le problème a été résolu; il n’y a plus de pénurie de riz à Ndzuwani. A ce propos, la formule utilisée pour sortir de l’impasse est celle que nous avions préconisée, à savoir laisser les commerçants importer et à l’Onicor de superviser la commercialisation. C’est ce qui se passe maintenant et qui a mis fin à la crise. Je peux vous dire au contraire qu’à Ndzuwani, il se passe de bonnes choses qui ne se passent pas ailleurs. Ici, nous avons un conseil de sécurité, qui regroupe chaque semaine l’armée, les forces de l’ordre et les juges, pour évaluer ensemble les défis sécuritaires qui s’imposent. Ce type d’initiative traduit pleinement l’entente qu’il y a entre notre Exécutif et l’autorité fédérale.

 

Le port de Mutsamudu est le plus grand port du pays. Quelles sont vos domaines de compétence et que ce que vous envisagez pour concurrencer le port de Longoni, moins cher et aux délais plus courts de débarquement et d’embarquement?

 

La gestion des ports et des aéroports et la politique de leur développement reviennent à l’Union. Nous y figurons simplement comme l’oeil de l’Etat. Nous veillons à ce que les redevances du port aillent dans leurs comptes respectifs et que les projets d’investissement soient conduits comme prévu. Nous demandons l’aide à l’Etat pour les besoin du port, nous pouvons auditer ses finances...

Vous étiez commissaire aux Finances. Comment se passent les relations avec les Finances de l’Union surtout en matière de recouvrement des recettes douanières et fiscales?

La loi a bien fixé la répartition des recettes fiscales, il n’y a donc pas besoin d’improviser. Il se passe toutefois un problème: dans le cadre des recettes partagées entre l’Union et les îles, Ndzuwani verse toujours ce qu’il doit, mais en retour elle ne reçoit pas la totalité de sa quote-part, qui est de 25,7 %. Si nous incluons la part qui va aux salaires des fonctionnaires de l’île plus la totalité des subventions que nous accorde l’Etat, nous en sommes aux alentours de quatre cent millions de francs alors que cette quote-part devrait dépasser le milliard de francs. En 2012, les subventions que nous avons reçues, en dehors des salaires, n’ont pas dépassé deux cent millions. Mais nous devons toutefois relativiser les choses: nous remercions tout de même le gouvernement fédéral pour les efforts qu’il fait pour atteindre ce seuil car nous sommes bien conscients de la situation que traverse notre pays. Nous espérons toutefois que ça s’améliorera cette année.

A propos d’assainissement de la fonction publique. Un contrôle physique des fonctionnaires a été effectué en août dernier et selon nos sources, plus de six cent fonctionnaires fantômes ont été recensés dans l’île. Quelle suite l’Exécutif anjouanais a donné à ce contrôle?

… Ce chiffre me semble exagéré. Cependant il faut savoir que ces contrôles se poursuivent. Plusieurs cas d’agents fantômes ont effectivement été découverts, et certaines personnes qui touchaient des salaires illégaux sont mêmes en train de les rembourser. En tous cas, la masse salariale des fonctionnaires de l’île, qui est de 374,5 millions de francs, est restée stable depuis l’année dernière. Il est vrai toutefois, qu’il se pose d’autres problèmes chez nous. Comme vous le savez, la fonction publique insulaire emploie mille quatre-vingt-quatre agents dits “bénévoles”, essentiellement dans les secteurs de la Santé et de l’Education. Si tout ce monde devait arrêter de travailler aujourd’hui, certains établissements fermeraient. Vous savez aussi que cinq cent enseignants ne touchent toujours pas leurs indemnités de cinquante pour cent. Mais à propos des bénévoles, nous sommes en train d’identifier les vrais bénévoles, ceux qui sont employés à plein temps.

Parlons politique: appartenez-vous à un parti?

Je me reconnais dans la mouvance qui a conduit le gouvernement central et notre Exécutif aux affaires... … Mais cette mouvance-là semble avoir éclatée et aujourd’hui on parle plutôt de Radeco, de Pcp et d’autres encore… … Alors disons que je suis au centre de tous ceux-là; le rassembleur, en quelque sorte!

 

L’Exécutif de Anissi dont vous faites partie dès le début n’a fait qu’un an et demi. S’il fallait en ce moment persuader les Anjouanais de vous réaffirmer leur confiance, que leur diriez-vous?

 

Je dis simplement que tout le monde doit donner du sien pour qu’ensemble on avance. Nous qui tenons les rênes de l’île, sommes rémunérés par l’argent du contribuable. Alors nous ne pouvons avoir d’autre préoccupation que faire le tout pour répondre aux attentes de notre population. Aujourd’hui, l’Etat a allégé son fardeau avec la réduction de la dette extérieure. Il faut maintenant pérenniser la transparence dans la gestion des ressources publiques. Les salaires des fonctionnaires représentent plus de cinquante pour cent du budget national, il faut avoir pitié de la masse, que chacun parmi nous prenne ses responsabilités. Il faut que chacun dans son île fasse jalouser l’autre par des initiatives profitables à la masse.

Propos recueillis
par Sardou Moussa

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