Quand Sambi défie toute une nation
Tribune libre Il y a quelques années quand cette ''schizophrénie'' s'emparait de nos aînés , c'est-à-dire réviser la Constitution pour permettre au président sortant, feu Ahmed Abdallah Abderemane
( paix à son âme) de briguer un troisième mandat, le très démocratique A.A. Mohamed Sambi en cavale pour fuir Bob Denard et ses chiens de guerre et une certaine élite politique qui, aujourd'hui, se
trouve au front pour valider les ambitions du chef, avaient le sentiment que c'était pure folie, et que cela traduisait une dictature. Qui l'eût cru, vingt ans après que cette même ''pathologie''
s'emparerait de lui et ses amis avec la même impudeur ? Devant le palais de Béti Salam, des dizaines de sympathisants au régime qui prétendent représenter toute une Île, tout un village, toute une
région, on en aura vu de toutes les couleurs ces derniers jours. Croit-on représenter l'opinion de tout un peuple parce qu'on aura réuni des notables pour parapher l'irréparable ? Croit-on
représenter tout un peuple simplement parce qu'on a de hautes responsabilités dans l'administration publique ? Il apparaît simplement et sans ambiguïté une seule motivation pour chacun de ces
visiteurs : conserver et défendre leurs postes de responsabilité. Cette manière de s'accrocher à ces postes est un danger pour notre démocratie. Il est clair que dans la conscience intime de chaque
défenseur de la révision de la Constitution trône majestueusement le désir de conserver ses acquis et ses réseaux, la peur de l'inconnu poussant les uns et les autres à préférer le statu quo. Que
l'on se comprenne bien. Réviser la Constitution est en soi une initiative à caractère démocratique. D'ailleurs certains observateurs reconnaissent même volontiers à la Constitution de décembre
2001, quelques dispositions qui mériteraient ajustements toutefois sans que ceci présente forcément un caractère d'urgence. Faut-il rappeler qu'aux termes de la Constitution de 2001, la création
d'une Cour suprême est attendue, la création d'un Conseil supérieur de la Magistrature est attendue, la mise en application effective de l'article 8, source de divisons entre ''Union'' et ''
Midjidjengo'' est attendue, etc. Mais déjà veut-on la réviser. Est-il une seule fois raisonnable voire sérieux de se montrer engagé et déterminé lorsqu'il s'agit seulement de réviser la
Constitution dans le but ''d'étouffer'' la Tournante et non quand il s'agit d'en mettre en œuvre la lettre et l'esprit des textes de la dite Constitution ? Comment le président Sambi pourrait se
permettre de défier toute une nation en affichant le désir de vouloir rallonger son mandat d'un an parce que Bachar Kiwan et ses amis candidats à la nationalité comorienne auraient demandé des
garanties sur les 77 milliards de nos francs promis au chef ? Réviser la Constitution de Décembre 2001 dans les conditions actuelles c'est manipuler les consciences, c'est manquer de respect à nos
Institutions, c'est manquer de respect au peuple, c'est faire preuve d'immaturité politique. Ma position qui n'est pas forcément celle des '' défenseurs'' de la révision constitutionnelle, est
qu'il faut éviter de s'embarquer dans l'aventure d'une réforme constitutionnelle. La Constitution de 2001 a fait ses preuves, elle s'est adaptée à des circonstances différentes avec souplesse. Elle
nous a plus réunis que diviser. S'écarter de ses principes et de ses mécanismes risque, à terme, nous ramener dans la situation d'août 1997. Et surtout lorsqu'on sait tous que c'est dans l'Île de
Djoumbé Fatima que ce '' bébé'' est né. Il n'est pas galant de priver les mohéliens d'élever ce bébé avec leur propre expérience comme ce fut le cas de Ngazidja et Ndzuwani, et Mayotte en 2014,
pourquoi pas. Il n'est dans l'intérêt ni d'un pays ni de son dirigeant de souhaiter rempiler indéfiniment des mandats. J'ose dire ici au président Sambi que la marque d'un homme d'Etat est triple :
savoir conquérir le pouvoir, savoir l'exercer et savoir le quitter. Il l'a conquis, il l'exerce avec ses qualités et défauts comme tout chef d'Etat et reste maintenant à le quitter avec dignité et
respect. Je sais comme certains parmi nous que le président Sambi s'y connait en matière de scénarios et pour annoncer son intention de rallonger son mandat d'un an, il a fallu réunir à l'hôtel Le
Moroni la vice-présidence chargée du Tourisme, les Gouvernements de Ngazidja, Ndzouani et Mwali pour définir des projets de développement à partir de l'enveloppe des Bidounes Koweitiens, une
occasion en or pour faire taire le peuple sur sa volonté de passer en force son '' référendum''. Ces 77 milliards de francs comoriens qui résonnent bien dans nos oreilles à une période charnière de
l'histoire de l'humanité secouée par une crise sans précédent, n'est pas forcément synonyme de bafouer les principes démocratiques d'un pays notamment la volonté affichée de changer la constitution
pour pouvoir se maintenir au pouvoir. Ces 77 milliards comme les millions du fameux '' projet Habitat'' devraient en principe rassurer ces centaines de personnes qui ont fait Hahaya-Moroni à pieds,
les enfants sur les dos comme ces pauvres femmes éparpillées dans le désert à la recherche d'une source d'eau accompagnant le candidat Sambi pour lui témoigner leur suffrage. Si jamais le ''butin''
des Bidounes n'emprunte pas le même chemin que celui du projet habitat ou de la vente de l'hôtel Galawa, alors cela va rentrer dans l'actif du président le lendemain de son départ de Beit Salam.
C'est un exploit, n'est ce pas ? Qu'on me comprenne : je ne me délecte pas de jugements négatifs qui seraient dictés par des considérations politiques et partisanes. Je décris une situation qui est
malheureusement réelle. Je sais que chez nous dés que vous marquiez tant soit peu votre différence, vous êtes noyé sous un tombereau de réactions négatives. Néanmoins, je précise ici que certains
commentaires sont flagrants et traduisent des ambitions personnelles qui manquent malheureusement de finesse. Mouigni Abdou
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