Au cours d'une réunion de son parti, dimanche 18 janvier, organisée en vue de la consultation des Mahorais sur le statut de l'île le 29 mars prochain, Ali Souf, ancien président de l'association des maires de Mayotte et secrétaire départemental de l'UMP, a accusé au micro de RFO les enseignants de militer, au sein de leurs classes, en faveur du « non » au Pacte pour la départementalisation.
« Que je sache, les enseignants sont là pour enseigner, pas pour faire de la politique », a déclaré l'instituteur de formation, affirmant ses craintes quant à leurs prises de position devant les élèves, jeunes électeurs. « Ils les poussent à voter contre le département », a-t-il dit en substance.
Ces propos ont été qualifiés de « honteux et xénophobes » par un élu de Mayotte qui a tenu à garder l'anonymat. La plupart des enseignants du second degré sont, à Mayotte, d'origine métropolitaine. Mais « eux aussi ont le droit de s'exprimer », pense cet élu.
« C'est une manière de se défausser d'une éventuelle surprise le 29 mars, en pointant du doigt les futurs éventuels responsables », juge pour sa part un élu municipal. Selon lui, nombre de jeunes ne seraient pas favorables au « oui », « mais cela n'a rien à voir avec les professeurs », estime-t-il.
Plusieurs témoignages de parents ou de frères et sœurs de lycéens attestent que certains enseignants évoquent en cours la future consultation et « poussent les jeunes électeurs à réfléchir ». « Au final, le discours qu'ils retiennent, c'est que le département n'est pas une bonne chose », indiquait mardi 20 janvier la sœur d'une étudiante en Terminale.
Les déclarations d'Ali Souf ne sont pas un cas isolé. Un climat de méfiance s'est installé entre certains Mahorais partisans du « oui » et une partie de métropolitains - parmi lesquels des enseignants - qui ne cachent pas leur opposition à la départementalisation.
Ainsi, les craintes quant à un vote massif des wazungu (Blancs) en défaveur du département sont nombreuses parmi les partisans du « oui ». D'autres pointent du doigt les Franco-Comoriens installés sur l'île, qu'ils décrivent comme étant des partisans du « non ». « On se sent observé », confiait l'un d'eux récemment. « On nous fait comprendre qu'on n'a pas à voter parce que les Mahorais sont persuadés que nous sommes contre. »
Certaines voix réclament ouvertement la restriction du corps électoral, à l'image de ce qui s'est fait en Nouvelle-Calédonie, en prévision de la consultation de la population sur son indépendance « Les Blancs sont majoritairement contre ce statut, alors que la plupart ne sont que de passage, il nous semble donc logique qu'ils ne puissent pas se prononcer sur cette question », indique un partisan de la restriction du corps électoral.
Lors de sa visite à Mayotte les 8 et 9 janvier, Yves Jégo avait balayé d'un revers de main cette hypothèse. « Savez-vous reconnaître un vrai Mahorais d'un faux ? » avait-il demandé au journaliste qui lui avait posé la question, englobant dans le terme « Mahorais » toutes les communautés vivant sur l'île. « Ceux qui voteront sont ceux qui sont inscrits sur les listes. Que je sache, les élus qui représentent Mayotte aujourd'hui ne se plaignent pas de l'électorat qui les a élu en 2008 », avait ajouté le secrétaire d'Etat à l'Outremer.
Tous pour le « oui »
Source : Malango Mayotte
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