Pourtant, il semble bien que Mayotte soit un territoire français où l'on apprend le français à l'école, c'est-à-dire une terre plus que francophone : française tout simplement. Repérés par les enseignants au sein de leur classe, ces élèves en difficultés sont signalés et font l'objet d'une évaluation en français, mathématiques et dans leur langue maternelle.
Leur cursus est également pris en compte et ces éléments permettent de déterminer l'opportunité d'un placement en CLIN ou CLA de l'élève. Une fois la CLIN ou CLA intégrée, l'élève est encadré par un instituteur ou un professeur formé aux difficultés rencontrées par des enfants non francophones. Cet encadrement s'effectue sur le temps scolaire de l'élève, quelques heures par semaine, en plus de sa scolarité dans sa classe d'origine. « En groupe de 3 ou 8, les élèves travaillent beaucoup le langage oral et les différents types de discours : argumentatif, justificatif. Ils ne devraient pas passer plus de 2 ans dans ces classes, mais il y a une dérive des maitres et une coordination insuffisante. Ainsi, certains y restent jusqu'à 3 ou 4 ans. Il y a également des amalgames avec les instituteurs qui, dès qu'ils voient un mahorais, veulent le mettre dans ces classes. » Explique Thierry Gaillat, ancien formateur à Mayotte, désormais formateur à l'IUFM de la Réunion, professeur de faculté et à l'origine d'une thèse sur le public migrant. « Ce qu'il se passe avec les enfants mahorais, c'est que dans la culture mahoraise, un bon élève est un élève qui écoute celui qui sait et n'intervient pas en classe. Il est très sage et ne dit rien, même s'il connait la réponse. Comme ces enfants ne parlent pas, les enseignants se disent qu'ils sont en difficultés linguistique et qu'il faut leur venir en aide. » Ajoute Thierry Gaillat avant de préciser : « Il ne faut pas être contre ce dispositif qui vise à venir en aide aux élèves en difficultés. Mais en venant ici, les familles mahoraises, dont les enfants seuls mettent en quelque sorte de côté leur identité comorienne pour faire la part belle à leur identité française. Or, avec ce dispositif on leur fait comprendre qu'ils ne sont pas français. Cela entraine un phénomène de repli sur soi de ses enfants, une mise en avant de l'identité comorienne et des regroupements communautaires dans les collèges. » Ce n'est pas la seule difficulté à laquelle sont confrontés ces enfants mahorais puisqu'en arrivant à la Réunion ils sont confrontés à une langue qui n'est pas le français, à savoir le créole. « Ils peuvent prendre le créole pour une autre forme de français et apprennent cette langue de socialisation très parlée à la Réunion. Cela crée de nouvelles interférences qui n'existaient pas lorsqu'ils étaient à Mayotte et un interlecte mêlant shimaoré, créole et français. » Termine Thierry Gaillat. Alors des classes pour les élèves en difficultés, oui, de là à y envoyer systématiquement les élèves mahorais le système est à revoir.
Clémentine Baille
Source : Les Nouvelles de Mayotte N° 1012
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