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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

DU REVE AU CAUCHEMAR

3 Février 2009 , Rédigé par aimons les comores

Tribune libre

DU REVE AU CAUCHEMARTribune libre
Comment sommes-nous arrivés là ?
Après 33 ans d'indépendance, les comptes sont fait, les résultats sont catastrophiques : dictature, anarchie, détournement de fonds publiques et corruption généralisée étaient et sont encore la règle du mode de fonctionnement de l'Etat comorien et sa société.

Une société qui fonctionne de cette manière est systématiquement vouée à l'échec. La preuve, 33 ans après notre indépendance, on se retrouve avec le fardeau du séparatisme qui est devenu le bouc émissaire idéal des malheurs qui frappent notre pays.
Si le séparatisme est aujourd'hui une des causes de nos difficultés immédiates, il ne faut pas oublier que ce fléau est le résultat d'une mauvaise gestion de l'Etat comorien pendant plus de 20 ans.
Au lieu de construire une nation, nos dirigeants ont construit une poudrière : Après le règne d'ALI SOILIHI, qui n'est pas exempte de reproches mais qui n'a peut être pas grand chose à se reprocher -par rapport à ses successeurs- nous avons assisté à une gestion de l'Etat qui ne pouvait que nous emmener là où nous sommes aujourd'hui.
Quelques exemples illustrent bien comment nous sommes arrivés là :
- On administre un archipel mais on concentre les pouvoirs politiques et économiques dans une seule île.
- Pour apprivoiser les grand comoriens, AHMED ABDALLAH a pris le soin de faire passer ALI SOILIHI pour le diable et lui le messie, en encourageant l'ostentation dans le pratiques du grand mariage, quitte à les financer lui même pour certains. Ainsi la notabilité de Ngazidja devient une pièce maîtresse du pouvoir au détriment de l'élite politique de l'île. Les carrières politiques se font et se défont au gré de l'implacable puissance de cette notabilité.
Le sort d'un opposant est la prison ou la mort. BOB DENARD est passé par là, mais ce n'est pas grave car l'enfant du grand notable ou du village a un bon poste; il est bon le président.
- La jeunesse anjouanaise en a profité pour faire des études, mais pour ne pas compromettre ses projets de faire de NASSUF son héritier, ABDALLAH a pris le soin d'étouffer toute ambition de pouvoir des jeunes anjouanais en les réduisant au strict rôle de bons techniciens de ministère au service du pouvoir pendant qu'une délégation de notables de Ngazidja peuvent aller imposer un lycéen au poste de ministre.
- Après quelques mois au pouvoir un ancien ministre grand comorien fonde son parti avec la complicité naïve de quelques techniciens anjouanais qui ont collaboré avec lui dans un ministère, et on envoie le message dans les autres îles, comme une lettre à la poste : Un nouveau parti est né, son président s'appelle « DJIMBA NOFUM WA SIMBAMBA de NKODADZIWA », Ngazidja bien sûr.
- La diaspora grand-comorienne sacrifie ses enfants en France pour construire des écoles, des foyers des jeunes, des routes, des mosquées et leurs propres maisons. Mais pour les compatriotes des autres îles c'est un gigantesque pillage de l'argent public orchestré par les wangazidjas au détriment des autres îles.
- Les wangazidjas ne comprennent toujours pas le fait que les anjouanais refusent les hauts fonctionnaires venus des autres îles et trouvent cette attitude injuste alors qu'ils acceptent bien les anjouanais comme les mohéliens chez eux ! Ce qui pousse les wangazidjas à avoir parfois des réactions déplacées. Alors qu'il suffit de revenir aux années 60 jusqu'à nos jours pour comprendre.
- Pendant ce temps les mohéliens assistent impuissants à ce cirque désolant. Et pour la première fois que la constitution leur avait réservé la présidence de l'assemblée nationale (à l'époque de Djohar), il a fallu qu'un certain Said Abdallah Mchangama (TAHOMBA) avec la complicité de OUKACHA viennent tout remettre en cause, la suite vous la connaissez.
- La seule personnalité qui faisait l'unanimité dans les 3 îles a été élu président avec une majorité incontestable, un élan d'espoir envahi le pays, mais le peuple va vite déchanter. Le régime de TAKI s'autocratise avec une incompétence flagrante et une régionalisation du pouvoir qui se défend avec un seul mot d'ordre : yinu nde ya hatru (c'est notre régime).
En 1997, la crise séparatiste anjouanaise se déclanche. Cette fois la coupe est pleine et les anjouanais passent pour des antipatriotiques qui mettent le pays à genoux. Le séparatisme est devenu tout d'un coup le responsable de nos malheurs et non pas la conséquence de 20 ans d'amateurisme politique. Même l'île de Mayotte (séparatiste depuis 1975), devenue la base arrière de tous les déstabilisateurs de notre pays, passe pour un enfant de cœur devant Anjouan qui a tenu 22 ans avant de craquer.
Comme je l'ai bien dit, nos dirigeants ont construit une poudrière au lieu d'une nation. En 1997 cette poudrière a explosé et depuis nous tentons d'éteindre le feu: Conférence de TANA, Accords de Fomboni, autonomie des îles et le débarquement militaire à Anjouan. L'illusion d'une unité retrouvée nous permet de dormir de temps en temps, mais nous savons tous que les rancœurs, la haine et les frustrations sont là et n'attendent qu'une occasion se présente pour se manifester.
Et pourtant quelque chose me fait croire que l'envie de vivre ensemble est en nous tous. Mais elle doit être canalisée et nourrie avec une idéologie véhiculée par un discours qui va au delà de nos querelles politiciennes qui se focalisent sur les ambiguïtés constitutionnelles de notre pays. Une idéologie fondatrice d'une nation, et c'est ce que nous allons essayer de démontrer prochainement. A SUIVRE
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