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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Pourquoi M. MADEIRA doit partir.

10 Mars 2009 , Rédigé par aimons les comores

M. Francisco Caetano Madeira est un homme respectable mais un militant politique détestable. Dans le règlement de la crise séparatiste, il a été un facilitateur studieux et désintéressé. Dans cette phase de renforcement de la réconciliation nationale, il a choisi de devenir un acteur politique engagé au service d'un camp. Il n'est plus impartial et neutre. Il donne des coups mais s'offusque quand il en reçoit.

Il déteste visiblement la critique alors qu'il aime volontiers faire la leçon aux autres. Il s'irrite très vite, perd son sang-froid et dérape parce qu'on lui oppose que la révision constitutionnelle qu'il prône et qu'il veut imposer à l'opposition, aux Assemblées, aux Exécutifs des îles, est inopportune et prétentieuse, que la constitution qu'il veut amender n'est pas responsable de la pénurie de carburants, de la hausse vertigineuse des prix des denrées de première nécessité, des sept mois d'arriérés de salaires des agents de l'Etat, des délestages insupportables du courant électrique et de l'eau, des grèves larvées dans le système de santé qui ont mis à terre l'économie et provoqué le désarroi des comoriens. Il pique, en effet, une colère noire et accuse ceux qui dénoncent son attitude grossièrement partisane et cavalière d'être « des forces négatives, des déstabilisateurs qui n'aiment pas ce pays, qui colportent des rumeurs, qui propagent des mensonges ». Il tente ainsi maladroitement de se justifier, de nier ses propositions de prolonger le mandat du Président Sambi d'un an, d'encadrer l'autonomie des îles et de supprimer la tournante, qu'il a pourtant tenues devant des responsables politiques et ailleurs d'ailleurs.

Il feint d'oublier que ce n'est pas en application de la constitution que le Chef de l'Etat refuse la concertation régulière, comme il est de coutume, avec les Présidents des îles. Il sait que ce n'est pas la constitution qui oblige M. Sambi à étouffer l'autonomie de l'île de Ngazidja et à piétiner ses prérogatives, librement exercées par les autres îles. Ce n'est pas la constitution qui contraint M. Sambi à ne pas ordonner l'application des lois organiques sur certaines compétences des îles qu'il a lui-même promulguées. Ce n'est pas la constitution qui lui interdit de convoquer le collège électoral pour renouveler les Assemblées de Moili et Ndzouani dont le mandat est arrivé à terme depuis bien longtemps. Ce n'est pas la constitution qui l'a poussé à agresser la Cour constitutionnelle, à lui imposer ses méthodes et ses hommes au mépris du droit, d'une façon vulgaire parce qu'elle se croyait indépendante et voulait de temps à autre, dans ses décisions, prendre ses distances vis-à-vis du pouvoir.

Quand le Chef de l'Etat traite les juges de mercenaires parce qu'ils refusent les injonctions politiques, les fonctionnaires de parasites parce qu'ils réclament leurs salaires, l'opposition d'anti-nationale parce qu'elle dénonce la dérive totalitaire, l'inertie, le clanisme et l'affairisme, M. Madeira et le Bureau de liaison de l'Union africaine à Moroni, couvrent toutes ces brutalités. Le Chef du Bureau de l'Union africaine a cautionné par sa présence la mascarade de prestation de serment du nouveau Président de la Cour constitutionnelle alors que son organisation n'est pas seulement un partenaire comme les autres, mais un garant de la réconciliation inter-comorienne donc de la constitution issue de l'Accord de Fomboni de février 2001. M. Madeira sait qui bloque le pays. Il a le devoir de lui faire entendre raison au lieu de faire diversion et distraire les comoriens par une révision de la constitution. M.Sambi à qui l'on a confié la responsabilité de l'Etat n'a jamais formellement souhaité une révision constitutionnelle parce qu'il sait qu'il ne sera pas entendu. Pourquoi alors M. Madeira se fait-il son porte-parole et son émissaire jusqu'à s'écarter de son mandat, compromettre sa crédibilité, susciter une réelle méfiance et un rejet ? On aurait attendu du Représentant de l'Union africaine qu'il marquât son étonnement devant le mépris du Chef de l'Etat à l'égard de la constitution et qu'il expliquât que cette constitution est le fruit d'une réconciliation difficile et que la violer serait vouloir la désintégration du pays. Mais, au contraire, M. Madeira s'est transformé en une usine de fabrication de problèmes qu'il déverse en quantité dans le quotidien institutionnel et dans la vie politique, comme s'il voulait qu'apparaissent régulièrement des crises, pour pouvoir toujours rester parmi nous.

Mais, sert-il les intérêts comoriens ?

A l'évidence non ! Cantonner la classe politique et les médias dans des discussions sur une révision constitutionnelle est très habile en ce moment pour occuper les esprits et détourner l'opinion de l'inertie du pouvoir face aux difficultés de la vie quotidienne. C'est une manière très subtile d'empêcher le débat sur Mayotte qui marche inexorablement vers le statut de département français d'outre-mer en 2009 quand le pouvoir se tait, complice, insouciant ou impuissant. « Vous dites que vous ne voulez pas maintenant de réforme de la constitution ? Bien ! Réunissez-vous quand même. Discutez entre vous. Il faut apprendre à se parler, à dialoguer », assène M. Madeira à la classe politique, comme si l'on était aux premières heures de la crise séparatiste.

M. Madeira n'a rien à nous dire. Il joue au pyromane.

A force de vivre avec nous, il a fini par croire qu'il jouissait de tous les droits. Désormais, entre lui et la classe politique comorienne, le pacte de confiance est rompu. Un homme si impliqué dans la politique interne ne peut pas rassembler encore moins réconcilier en cas de besoin. Il a choisi d'être un des piliers du régime Sambi. Il sera alors traité comme tel. Sa mission de représentation du Président de la commission de l'Union africaine est bien évidemment compromise. Il n'incarne plus l'esprit de l'organisation continentale. Il s'éloigne de son idéal. Par son comportement bizarroïde, compréhensible mais impardonnable, il annihile les acquis de l'effort commun. Il éteint la lumière dont il a contribué à allumer dans le cœur de chaque comorien pour un destin commun, dans une gouvernance de stabilité et de responsabilité. Il est souhaitable que les assemblées, les Exécutifs des îles, les partis politiques et ce qui reste de société civile saine, refusent de le rencontrer et exigent son départ. Cet homme est dangereux pour notre pays.

Il symbolise et défend des intérêts contraires à l'harmonie dont notre pays a besoin. Il ne peut pas contribuer à la consolidation de la réconciliation nationale. Sa place n'est plus parmi nous. Il doit aller exercer son talent ailleurs pour le bien de l'évolution positive des Comores.


Ambassadeur Ahamada Hamadi
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