Faut-il faire de Mayotte un département d'outre-mer ? OUI NON
La départementalisation est une réponse à l'attachement profond à la République d'une île qui a demandé protection à la France dès 1841 contre les « sultans batailleurs ». Les Mahorais se réfèrent à cette histoire vivante et nulle part on ne peut voir flotter autant de drapeaux tricolores. Entendre l'Union africaine parler de « néocolonalisme » ou d' « impérialisme » est une plaisanterie. Pour Mayotte, le référendum est l'assurance tous risques de rester des Français à part entière et je m'attends à un oui massif. Mais il est évident qu'il faudra ménager des transitions. Car en faisant de Mayotte le 101e département français, on renforce l'attractivité de ce « petit Eldorado » qui est à l'origine du courant d'immigration depuis les îles voisines, surtout Anjouan et Mohéli, et qui provoque des situations dramatiques de personnes qui traversent à leurs risques et périls. Le corollaire de la départementalisation est donc une coopération plus ambitieuse avec les Comores. C'est aussi en faire un accélérateur de réformes. Un peu oubliée durant un siècle et demi, Mayotte a connu depuis vingt ans des progrès spectaculaires (collèges, lycée, hôpital, routes) mais il reste beaucoup à faire pour développer le potentiel de l'île « hippocampe » à la riche biodiversité : tourisme, aquaculture, cultures vivrières. Chance pour les Mahorais, le changement de statut est aussi une chance pour la France : ainsi, dans ses rapports avec l'islam, Mayotte - avec ses cadis (juges musulmans) devenus médiateurs sociaux - peut être un laboratoire.
Didier Quentin
Départementaliser Mayotte est une mauvaise idée car cela pose un problème de droit international. La première erreur fut, lors de l'indépendance des Comores en 1974, de rattacher l'île à la France sous pression de lobbys qui avaient intérêt à se séparer de l'archipel alors que les Comoriens sont un même peuple, avec la même langue et la même religion (l'islam). L'immigration clandestine a aggravé cette situation artificielle. Mais peut-on parler de « clandestins » s'agissant de Comoriens qui se rapprochent de leurs familles ? En attendant, on compte par endroits 55 % de sans-papiers. Et les autorités sont coincées dans un engrenage de contrôles aux frontières et de répression indignes de la République. L'urgence est donc de voir ce qu'on fait avec ces sans-papiers entassés en centres de rétention, et nullement un référendum. Bien sûr, la réponse sera « oui » car ce « confetti de l'Empire » a déjà un niveau de vie supérieur à celui de ses voisins. Mais, pour réussir, il faudrait que la France dépense des millions d'euros. Je ne dis pas qu'il faut abandonner les Mahorais. Mais la logique plaide pour une « Union des Comores » garantie internationalement. C'est inenvisageable pour l'instant, mais il faut examiner de plus près le statut de ces « zones ultrapériphériques » de l'Union européenne. Je relève enfin la contradiction flagrante entre ce référendum et le rapport Balladur, qui suggère la réforme du département. Et songeons aux Antilles, où l'on vient de voir quelle est la difficile situation des DOM.
Noël maMère
Auteur : Député UMP de Charente-Maritime
Député Verts de Gironde
Source : http://www.sudouest.com/
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