Le sujet qui fait actuellement tabac et qui est au menu du débat national tourne autour de du référendum sur la révision de la Constitution et surtout sur les intentions réelles du président Sambi à rester encore au pouvoir. Néanmoins, j'estime qu'à un moment donné nous n'avons pas le droit de jouer ni avec les mots ni avec notre destin commun.
'' Face à l'impossibilité pour les différentes autorités de se mettre d'accord, je me suis trouvé dans l'obligation de prendre mes responsabilités''.
Lesquelles? On le connaissait '' suffisant'','' hyperactif'', '' amoureux des voyages et des palais présidentiels'', '' partisan d'une présidence à vie'', mais cette fois-ci, Sambi s'est surpassé. Voilà ce qui ressort du discours du président Sambi de ce mercredi 15 avril, à une période charnière de notre histoire.
Le président de la République le sait. Les gens ne tomberont tous jamais d'accord sur une ligne politique. C'est la démocratie qui le veut ainsi. Et si les politiques des Comores voulaient se mettre un jour tous d'accord et se donner la main, on pourrait faire une grande ronde qui engloutira les quatre îles de l'Archipel .
Rejetant publiquement la proposition des présidents des Îles Autonomes de Ngazidja et Mwali, disposés à démissionner en 2010 dans le souci de conserver l'unité nationale et d'harmoniser les élections, le président Sambi nous a ouvert le chemin sur le '' doute'' qui pèse dans nos consciences quant à sa volonté affichée de vouloir s'éterniser au pouvoir. Il est clair qu'ici, il tend '' une main forte'' aux velléités séparatistes.
Hier, Anjouan nous a imposé la Tournante, l'appellation des chefs des Exécutifs des Îles comme présidents, une large autonomie des îles et tout ceci au prix de l'unité du pays, et aujourd'hui, c'est un autre discours caché derrière les ambitions du chef de l'Etat .Quand on sait que pour l'heure, aucun des cerveaux séparatistes qui nous ont abîmés moralement n'est mis en examen, ni jugé, mais sont laissés libres sous la protection du palais, libres de leurs mouvements, alors, il est clair que de mauvais coups se préparent et surtout lorsqu'on sait que ces séparatistes là sont intégrés dans l'appareil de l'Etat.
Le double langage du président Sambi inquiète. De la présidence tournante à la départementalisation de l'Île comorienne de Mayotte, le président erre à contre sens. On reprochera peut être aux anciens régimes d'avoir à leur tour mal géré la question mahoraise mais jamais aucun gouvernement n'a osé se rendre sur place à Mayotte pour reconnaître que '' Mayotte est française''.
Nous nous rappelons tous de ce voyage effectué sur place à Mayotte par l'actuel directeur de Cabinet et ministre de la Défenses de l'époque, le puissant et discret Mohamed Dossar, accompagné de l'ambassadeur mozambicain Madeira et de l'ex-ambassadeur de France aux Comores, Christian Job, pour signer avec le préfet de Mayotte '' Les Accords de Rocher''. Ces Accords ont évidemment précipité le référendum du 29 mars qui a rendu Mayotte, 101 ème département français. Pour justifier un tel geste, Sambi qui doit des explications à son peuple dans la nuit du 26 mai 2010 lorsqu'il s'apprêtera à quitter Beit Salam, provoque et agasse par son refus de respecter à la lettre le texte de la Constitution qui l'a fait élire.
Comme l'histoire demeure toujours têtue, et sans trop vouloir remuer les plaies, je dois rappeler ici que trois présidents dont le dénominateur commun est « Anjouan » ont tenté le coup. Le premier à entreprendre une démarche similaire est feu Ahmed Abdallah Abdérémane. Malgré l'euphorie et l'enthousiasme autour de son projet ,les conséquences ont été néfastes. Le deuxième fut le colonel Mohamed Bacar dont le pays vient de célébrer le premier anniversaire de sa destitution. Et le troisième est l'actuel chef de l'Etat , Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, élu sur la base de la Tournante imposée par ses frères anjouanais et acceptée par tout le monde dans un souci de se réconcilier et avoir la paix dans le pays.
Sambi remet en cause cette architecture et se bat, bec et ongles, pour s'éterniser au pouvoir, sous prétexte de vouloir '' harmoniser'' les élections qui, selon lui, ''coûtent chères ''au pays. Combien l'Etat a déboursé pour organiser des élections ces dix dernières années? Aucun rond car le processus électoral qui vise à renforcer l'Etat de droit est pris en charge dans le cadre d' une enveloppe prévue par les partenaires des pays en développement. Cette enveloppe là, même si nous harmonisons les élections, ne sera jamais affectée à un autre secteur. La vision de Sambi sur la cherté des élections n'est pas convaincante car dans cette partie de poker, il faut payer un dur prix pour stabiliser à jamais le pays.
La question que tout le monde doit se poser est de savoir si une telle démarche ne risque pas de réveiller le '' démon'' à un moment où nous ne sommes pas à l'abri du danger des séparatistes qui, bien armés, pourraient nous faire revivre le même cauchemar de 1997? N'a-t-on pas vu de hautes personnalités de l'ancien régime amadouer les séparatistes anjouanais -toutes tendances confondues- pourqu'enfin un président anjouanais appelé Ahmed Abdallah Mohamed Sambi soit placé au sommet de l'Etat?
A Anjouan j'ai la ferme certitude qu'il existe des gens patriotes de bonne foi, à l'image de ce professeur et linguiste qui a eu le courage de dénoncer le séparatisme. C'est envers ces Anjouanais que je m'adresse pour tirer la sonnette d'alarme. Je suis persuadé que tous ces Anjouanais qui aiment leur pays et qui ne cessent de témoigner leur attachement à son unité et à son intégrité territoriale sont loin de décider sur le destin de leur Île. Toutefois, ils n'ont pas le droit de baisser les bras .
Aux anjouanais, Mohéliens et Grand comoriens, qui, derrière le chef de l'Etat et le président Moussa Toybou privilégient la division, la haine, la mise en cause de notre identité commune, doivent avoir le courage de nous dévoiler leurs ambitions . Il est temps de le faire pour soulager nos consciences.
Où sont-elles passées ces belles plumes qui ont toujours défendu l'unité nationale et l'intégrité territoriale ? A l'instar de mon ami Nadimby je dis, ² mobilisons nous tous pour barrer la route à toute manœuvre visant à nous diviser ! Barrons la route à toute démarche soutenue par les politiciens-girouettes, qui à force de retourner leurs vestes finiront par tourner leurs pantalons . Aujourd'hui l'enjeu est de taille et plus de place aux bidasses et aux juristes défroqués et improvisés qui jouent avec la Constitution. Nous ne pouvons pas laisser notre pays dans les mains de gros bras aux petites cervelles et aux grosses cervelles à la voix très enrouées ou aux Mollahs qui doivent rendre régulièrement compte aux lettrés fanatiques de Qom² .
Je refuse ici d'être prisonnier de '' Qu'en dira-t-on''. C'est dans ce sens que je provoque le débat avec convictions.
Professeur de philosophie
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