les pirates
Les histoires de notre enfance les dépeignaient comme des monstres presque surnaturels. Hollywood, et certains intellectuels, voudraient maintenant qu'on les voie comme de sympathiques
délinquants qui vengent les pauvres en détroussant les riches. Mais les pirates ne sont rien de tout cela.
Cette idée a souvent été évoquée ces derniers temps à propos des pirates sévissant sur les importantes routes maritimes commerciales qui passent au large des côtes somaliennes. «Les
populations en marge de la mondialisation en auraient-elles assez de regarder passer les bateaux? Elles semblent avoir décidé de prélever leur dîme», pouvait-on lire dans le quotidien français Le
Monde à la fin de l'année dernière.
Le degré de misère qui afflige le petit pays africain de 9 millions d'habitants est, en effet, hallucinant. Il a fini au 190e rang sur 194 pays participant au dernier concours du revenu par habitant le plus élevé. L'espérance de vie n'y atteint pas 50 ans, le taux d'analphabétisme y dépasse 80 %, et l'on n'y a pratiquement pas de gouvernement depuis qu'une guerre civile a éclaté, il y a presque 20 ans.
Baigné par le golfe d'Aden, la mer d'Oman et l'océan Indien, le pays est parfaitement situé pour contrôler la plus importante route maritime du monde, menant au canal de Suez et aux pétromonarchies. L'endroit est aussi très apprécié par les bateaux-usines français ou espagnols qui vident les fonds marins dont dépendent les pêcheurs somaliens.
Il n'est pas étonnant, dans ce contexte, que sur 50 navires attaqués et détournés dans le monde l'an dernier, 42 l'on été par des pirates somaliens. Ces pêcheurs et jeunes chômeurs transformés en émules de Jack Sparrow ont, par la même occasion, enlevé 819 membres d'équipage, dont 242 seraient toujours entre leurs mains. Jusqu'à 100 millions pourraient leur avoir été versés en rançon en 2008, ce qui serait sept fois plus que les 14 millions que les Nations unies ont envoyés en Somalie en aide humanitaire, et au moins deux fois plus que le budget total du gouvernement de la province du Puntland, d'où appareillent la plupart des pirates. La moitié du magot resterait dans les poches des pirates, 30 % allant à leurs «financiers», environ 15 % aux différents intermédiaires et 5 % aux familles des marins disparus en mer.
Pas des Robins des bois
On les trouverait presque sympathiques si cela ne faisait pas des morts, et s'il n'y avait pas tous ces otages qu'on menace de torturer ou de tuer si leurs employeurs, leurs gouvernements ou leurs familles ne versent pas les rançons réclamées. Il y a dix jours, un commando français a réussi à libérer quatre otages, dont un enfant de trois ans, qui étaient gardés prisonniers sur voilier. Un cinquième captif est mort. Après l'intervention, le chef des pirates a prévenu que la prochaine fois que ses hommes tomberont sur des Français, ils se montreront beaucoup moins gentils.
Il faut dire que l'on n'a pas affaire à des tendres, ni à des amateurs. Il faudrait six mois pour former un pirate somalien. Ils seraient recrutés par des organisations bien huilées, faisant aussi appel à des investisseurs, des comptables, des interprètes, des négociateurs et à des espions disséminés dans les ports. Ils disposent de vedettes rapides, d'armes automatiques, de lance-roquettes, de téléphones satellitaires et même de détecteurs de faux billets pour contrôler l'argent reçu (il y a tellement de gens malhonnêtes de nos jours).
On ne peut pas non plus exactement parler de Robins des bois qui voleraient aux riches pour redonner aux pauvres. Il s'agirait tout au plus de 500, peut-être 1000 individus qui, comme n'importe quels autres bandits, gardent leurs sous pour eux afin de pouvoir s'offrir de rutilants VUS et de somptueuses villas. Loin d'améliorer le sort des autres Somaliens, l'ascension de ces caïds ne contribue qu'à aggraver le chaos qui règne dans le pays.
L'ironie du sort a même voulu que le premier navire américain (brièvement) capturé par nos pirates, il y a deux semaines, soit justement un bateau qui transportait de la nourriture et de l'équipement agricole envoyés par le Programme alimentaire mondial des Nations unies pour aider cette partie de l'Afrique à lutter contre la crise alimentaire.
Les pays riches, mais aussi la Chine et l'Inde, ont déclaré la guerre à ces flibustiers et envoyé dans la zone une vingtaine de bâtiments militaires. Mais il en faudrait sept fois plus pour pacifier seulement le golfe d'Aden et bien plus encore pour tenir en échec les pirates somaliens, a admis l'un des officiers britanniques chargés de l'opération. En attendant, on voudrait que les navires se déplacent en convois, comme on faisait durant la guerre.
Mais c'est à terre que se trouvera la véritable solution, notent les experts. Il faut qu'un gouvernement reprenne le contrôle du pays et par le fait même le contrôle de ses propres côtes. C'est toujours comme cela que l'on est venu à bout des pirates. Or, à ce chapitre, la communauté internationale n'a rien fait pour améliorer la situation en Somalie depuis sa gênante retraite en 1995, sinon de miser systématiquement sur les mauvais poulains et de jeter ainsi de l'huile sur le feu.
L'arrêt de la guerre civile et le rétablissement d'une autorité publique effective n'est pas seulement censé servir à ramener l'ordre. Il s'agit d'une première étape avant de mettre en place des politiques visant notamment à stimuler l'économie et à améliorer la qualité de vie des gens de façon beaucoup plus efficace que la piraterie.
Le degré de misère qui afflige le petit pays africain de 9 millions d'habitants est, en effet, hallucinant. Il a fini au 190e rang sur 194 pays participant au dernier concours du revenu par habitant le plus élevé. L'espérance de vie n'y atteint pas 50 ans, le taux d'analphabétisme y dépasse 80 %, et l'on n'y a pratiquement pas de gouvernement depuis qu'une guerre civile a éclaté, il y a presque 20 ans.
Baigné par le golfe d'Aden, la mer d'Oman et l'océan Indien, le pays est parfaitement situé pour contrôler la plus importante route maritime du monde, menant au canal de Suez et aux pétromonarchies. L'endroit est aussi très apprécié par les bateaux-usines français ou espagnols qui vident les fonds marins dont dépendent les pêcheurs somaliens.
Il n'est pas étonnant, dans ce contexte, que sur 50 navires attaqués et détournés dans le monde l'an dernier, 42 l'on été par des pirates somaliens. Ces pêcheurs et jeunes chômeurs transformés en émules de Jack Sparrow ont, par la même occasion, enlevé 819 membres d'équipage, dont 242 seraient toujours entre leurs mains. Jusqu'à 100 millions pourraient leur avoir été versés en rançon en 2008, ce qui serait sept fois plus que les 14 millions que les Nations unies ont envoyés en Somalie en aide humanitaire, et au moins deux fois plus que le budget total du gouvernement de la province du Puntland, d'où appareillent la plupart des pirates. La moitié du magot resterait dans les poches des pirates, 30 % allant à leurs «financiers», environ 15 % aux différents intermédiaires et 5 % aux familles des marins disparus en mer.
Pas des Robins des bois
On les trouverait presque sympathiques si cela ne faisait pas des morts, et s'il n'y avait pas tous ces otages qu'on menace de torturer ou de tuer si leurs employeurs, leurs gouvernements ou leurs familles ne versent pas les rançons réclamées. Il y a dix jours, un commando français a réussi à libérer quatre otages, dont un enfant de trois ans, qui étaient gardés prisonniers sur voilier. Un cinquième captif est mort. Après l'intervention, le chef des pirates a prévenu que la prochaine fois que ses hommes tomberont sur des Français, ils se montreront beaucoup moins gentils.
Il faut dire que l'on n'a pas affaire à des tendres, ni à des amateurs. Il faudrait six mois pour former un pirate somalien. Ils seraient recrutés par des organisations bien huilées, faisant aussi appel à des investisseurs, des comptables, des interprètes, des négociateurs et à des espions disséminés dans les ports. Ils disposent de vedettes rapides, d'armes automatiques, de lance-roquettes, de téléphones satellitaires et même de détecteurs de faux billets pour contrôler l'argent reçu (il y a tellement de gens malhonnêtes de nos jours).
On ne peut pas non plus exactement parler de Robins des bois qui voleraient aux riches pour redonner aux pauvres. Il s'agirait tout au plus de 500, peut-être 1000 individus qui, comme n'importe quels autres bandits, gardent leurs sous pour eux afin de pouvoir s'offrir de rutilants VUS et de somptueuses villas. Loin d'améliorer le sort des autres Somaliens, l'ascension de ces caïds ne contribue qu'à aggraver le chaos qui règne dans le pays.
L'ironie du sort a même voulu que le premier navire américain (brièvement) capturé par nos pirates, il y a deux semaines, soit justement un bateau qui transportait de la nourriture et de l'équipement agricole envoyés par le Programme alimentaire mondial des Nations unies pour aider cette partie de l'Afrique à lutter contre la crise alimentaire.
Les pays riches, mais aussi la Chine et l'Inde, ont déclaré la guerre à ces flibustiers et envoyé dans la zone une vingtaine de bâtiments militaires. Mais il en faudrait sept fois plus pour pacifier seulement le golfe d'Aden et bien plus encore pour tenir en échec les pirates somaliens, a admis l'un des officiers britanniques chargés de l'opération. En attendant, on voudrait que les navires se déplacent en convois, comme on faisait durant la guerre.
Mais c'est à terre que se trouvera la véritable solution, notent les experts. Il faut qu'un gouvernement reprenne le contrôle du pays et par le fait même le contrôle de ses propres côtes. C'est toujours comme cela que l'on est venu à bout des pirates. Or, à ce chapitre, la communauté internationale n'a rien fait pour améliorer la situation en Somalie depuis sa gênante retraite en 1995, sinon de miser systématiquement sur les mauvais poulains et de jeter ainsi de l'huile sur le feu.
L'arrêt de la guerre civile et le rétablissement d'une autorité publique effective n'est pas seulement censé servir à ramener l'ordre. Il s'agit d'une première étape avant de mettre en place des politiques visant notamment à stimuler l'économie et à améliorer la qualité de vie des gens de façon beaucoup plus efficace que la piraterie.
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