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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

LE REFERENDUM DE LA HONTE

8 Mai 2009 , Rédigé par aimons les comores

Ce n'est ni le cadre, ni le moment d'encombrer les électeurs avec une longue liste de tous les avantages apportés par la constitution du 23 décembre 2001 issue de l'accord –cadre de Fomboni du 17 février 2001. Nous nous limiterons seulement à quelques uns qui nous paraissent essentiels.
Depuis son accession à l'indépendance, le pays a été habitué à des constitutions taillées sur mesure pour servir les intérêts des présidents en place parce qu'elles étaient toujours élaborées par ces derniers, puis soumises au referendum. Fort heureusement, la constitution du 23 décembre 2001 échappe à cette règle.
En effet, celle-ci a été élaborée par tous les enfants du pays, toutes les tendances confondues. Les discussions furent houleuses, mais en fin de compte, le consensus a prévalu sur ce texte.
La constitution du 23 décembre 2001 institue entre autre une présidence tournante entre les îles qui se voient dotées aussi d'une large autonomie.
Indirectement, elle met fin aux coups d'Etat à répétition du fait d'un renouvellement démocratique des institutions. Elle limite l'exode massif des îles vers la capitale Moroni et décongestionne en même temps l'administration centrale en incitant les cadres pléthoriques à se redéployer vers les îles. Elle transforme les îles en acteurs du développement, l'insularité cessant d'être un handicap pour devenir un atout pour le développement du pays. A ce titre, elle contribue largement à la stabilité du pays et au renforcement de l'unité national nécessaires à tout pays.
Certes, la constitution du 23 décembre 2001 recèle aussi des imperfections et parfois des lourdeurs maladroitement nombrées du doigt par les ténors du régime en place pour justifier l'urgence de sa révision. Mais ces imperfections et ces lourdeurs peuvent être corrigées de façon consensuelle puisque personne y compris les défenseurs du document ne les conteste.
Si les défauts mineurs peuvent être corrigés maintenant, tel n'est pas le cas pour ceux qui touchent les points fondamentaux de la réconciliation nationale comme la tournante ou l'autonomie des îles. Ici, la logique voudrait que toute modification se fasse de manière consensuelle, après que chaque île eut dirigé le pays sous le régime de cette constitution, c'est-à-dire, après la présidence mohélienne et c'est ce qui a été prévu, d'ailleurs. Il ne faut pas perdre de vue que la constitution du 23 décembre 2001 découle d'un pacte entre les îles à savoir l'accord-cadre de Fomboni du 17 février 2001.
Ce dont il est reproché au président actuel de l'Union, ce n'est pas la décision d'organiser un référendum de révision constitutionnelle ; ce droit lui est conféré par la constitution. Ce n'est pas non plus son souci d'alléger les dépenses de l'Etat par l'harmonisation des élections. Ce souci est partagé par tous les enfants du pays. Ce dont il lui est reproché, c'est d'avoir initié unilatéralement une révision constitutionnelle touchant des points fondamentaux de la réconciliation nationale sans tenir compte d'aucun avis mais encore de vouloir profiter de cette révision pour proroger son mandat actuel sans s'inquiéter des risques auxquels cette prorogation expose le pays.
Certains faits indiquent que le président de l'Union a pris la décision de se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat depuis longtemps mais attendait le moment opportun pour la rendre publique. En effet :
-En se portant candidat à la magistrature suprême du pays en 2006, l'actuel président connaissait parfaitement les règles du jeu (présidence tournante pour un mandat de 4 ans) et ne les a pas contesté. On peut même affirmer qu'en acceptant de participer à une compétition avec des candidats exclusivement d'origine anjouanaise, il y avait adhéré.
- L'entrée du baroudeur Oukacha dans le gouvernement sambi au mois de juillet 2008.
-L'annonce faite récemment à Mohéli en présence du président de la Tanzanie de faire de cette île la capitale touristique des Comores pour s'attirer la bienveillance de la population locale. Etc...
Cette décision risque d'être lourde de conséquences pour le pays. Beaucoup de nos concitoyens ainsi que l'ensemble de la classe politique comorienne en sont conscients et ne ménagent aucun effort pour ramener le président à la raison.
On peut citer à titre indicatif :
-Les recommandations du dialogue inter comorien tenu au palais du peuple du 2 au 7 mars 2009.
-La pétition (3000 signatures) adressée par les citoyens comoriens d'origine anjouanaise au président de l'Union le 24 mars 2009.
-Les sacrifices consentis par les exécutifs des îles autonomes de Mwali et de Ngazidja, qui avaient accepté d'écourter leurs mandats respectifs et de quitter le pouvoir en 2010 afin de permettre une harmonisation des élections et à la tournante de fonctionner.
-La prise de position publique du président de la Tanzanie en faveur du respect de l'accord-cadre exprimé à l'occasion de son récent passage aux Comores prouve si besoin est, que le président de l'Union a tort.
Toujours est il que rien ni personne n'a pu infléchir sa position à ce jour. Il ne faut surtout pas croire que la majorité des anjouanais le soutienne dans son initiative même si l'on s'attend à un bourrage des urnes pour faire croire le contraire.
Il y a lieu de se rappeler que la communauté internationale s'est portée garante de la mise en œuvre de l'accord-cadre. Cette communauté internationale n'est pas une notion abstraite. Dans le cas d'espèce, elle a un visage puisqu'elle est représentée par l'Union africaine, l'OIF, la ligne des Etats arabes, l'Union européenne, la France et la Chine. Elle reste l'ultime recours. Du moment que les institutions mises en place par l'accord-cadre sont en péril, il est temps que la classe politique comorienne rappelle à la communauté internationale les engagements pris. Je souhaite vivement que cet ultime recours donne des résultats.
Mais si d'aventure, la communauté internationale ne parvient pas à faire entendre raison le président de l'Union et que celui-ci organise malgré tout sa parodie de référendum le 17 mai prochain et se maintienne au pouvoir au-delà de mai 2010, alors il faut admettre que l'accord-cadre de réconciliation nationale signé à Fomboni le 17 février 2001 n'était finalement qu'un guet-apens que les séparatistes anjouanais n'ont pu déjouer contrairement à ce qu'ils avaient su faire à Addis Abeba en décembre 1997 ou à An Tananarive en avril 1999. Bien malin qui saura prédire les conséquences de ce référendum pour le pays. Les pronostics sont ouverts....

Abdallah Mohamed
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