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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

France-Comores : la réponse appropriée

19 Juin 2009 , Rédigé par aimons les comores

France-Comores : la réponse appropriée
Tant que la France n'aura prouvé son intention claire de rouvrir des négociations sérieuses sur la question de Mayotte, les Comores n'ont aucune alternative que de revenir dans le circuit des Nations unies, le seul qui les protège des lobbyings et des pressions de toutes sortes. On ne peut rater la prochaine assemblée générale de l'Onu sous aucun prétexte.
Le conseil des ministres de la France a adopté mercredi un projet de loi organique qui fera de Mayotte le cinquième département d'Outre-mer (Dom) français. Au même moment, au début de ce mois, la France manifeste son intention de relancer à tout prix les négociations dans le cadre bien précis du groupe de travail de haut niveau (Gthn). Elle le fait connaître comme il se doit, au plus haut niveau et dans la plus parfaite règle de l'art, par une lettre circonstanciée du président Sarkozy adressé au président Sambi.
Ce cadre de travail fait miroiter au niveau de la communauté internationale et de l'opinion comorienne l'illusion de l'instauration des négociations bilatérales sérieuses entre les deux pays sur le litige territorial qui les divise depuis l'accession des Comores à l'indépendance en 1975.
Or dans la réalité, il n'en est rien. Absolument rien. Ces discussions sont strictement cadrées sur la coopération régionale et ne donnent que des réponses qui n'embarrassent, ni ne gênent le calendrier politique de la France, qui poursuit tranquillement l'ancrage de Mayotte dans la République française.
Des avancées diplomatiques mais c'est tout....
En 30 ans, Mayotte est passée de statut en statut, jusqu'à devenir le 101ème département français, en même temps que se poursuivent on ne sait où et avec qui des négociations entre les Comores et la France.
Et pourtant sur le plan diplomatique, des avancées significatives sont enregistrées.
Après 34 ans, malgré des rapports de forces qui nous sont défavorables, la communauté internationale n'a pas lâché les Comores et continue à condamner la présence française dans l'île. Sambi, il faut le reconnaître, parle et plaide la cause de l'Unité des Comores sur toutes les tribunes du monde.
Cette constance dans le discours du président Sambi n'est malheureusement traduite que très partiellement dans les actes. Le ministère des Affaires extérieures enregistre à son actif, l'adoption de la récente résolution de l'Union africaine et des déclarations de la Ligue de Etats arabes, des Etats du sahel, des pays nonalignés, qui condamnent sans réserve la consultation des Mahorais sur la départementalisation.
La résolution de l'Ua a eu le mérite de réactiver le Comité des 7 chargé du dossier de Mayotte. Elle n'a pas encore donné lieu immédiatement, comme il le méritait, à un calendrier comorien de sa mise en oeuvre, dans l'objectif bien précis de réintroduire la question dans le circuit des délibérations de l'assemblée général des Nations unies.
Le Comité des 7 se doit en toute humilité de présenter son bilan. Le Gabon, qui le présidait, a jusqu'ici joué un rôle d'éclat, de déclarations et de gestes, mais n'a pas prouvé sa capacité à amorcer un début de discussions entre la France et les Comores sur le contentieux.
Revenir aujourd'hui sur des discussions dans le cadre du Gthn n'est pas une mauvaise idée en soi, si dans un autre cadre bien défini, les négociations sont ouvertes pour trouver une issue au litige territorial entre les deux pays.
Mais parce que la question de Mayotte est éminemment politique qu'elle ne peut être noyée au sein du Gthn dans un fatras de sujets auxiliaires qui ont trait aux transports entres les îles de l'archipel ou encore de la circulation des personnes et des biens, avec à la clé, l'exportation à Mayotte des pommes de terre et des tomates produites dans les trois autres îles.

Tout sur l'assemblée générale de l'Onu!
Tant que la France n'aura prouvé son intention claire de rouvrir des négociations sérieuses sur la question de Mayotte, les Comores n'ont aucune alternative que de revenir dans le circuit des Nations unies, le seul qui les protège des lobbyings et des pressions de toutes sortes. On ne peut rater la prochaine assemblée générale de l'Onu sous aucun prétexte.
Parce que de son côté, la France agit et réussit. Toute sa stratégie pour imposer sa vision de l'avenir de l'archipel a abouti. Mayotte maintenue sous perfusion financière permanente devient une référence en matière de revenu par habitant. En face, les trois îles indépendantes déstabilisées en permanence par mercenaires interposés, minées de surcroît par une corruption et une gestion chaotique, pataugent encore dans la misère. Leurs dirigeants se décrédibilisent et leurs discours se déprécient.
En réussissant à nous imposer ses schémas, la France augure une nouvelle approche ces deux dernières années. Déstabiliser les Comores à l'intérieur en intimidant les patriotes. Les manifestations organisées aux Comores contre la politique coloniale de la France sont boycottées par des gros bras, recrutés parmi les anciens groupes paramilitaires privés. Des franco-comoriens sont interpellés pour choisir entre la cause française et comorienne, entre les deux nationalités. A partir de l'île d'Anjouan, les réseaux des anciens barbouzes sont réactivés pour on ne sait quel autre coup foireux.
Deux artistes, l'un interdit de cours à l'école française, l'autre déprogrammée de l'alliance pour une performance artistique dénonçant la départementalisation de Mayotte, deux cas flagrant qui illustrent cette nouvelle forme de combat, inspirée des mêmes méthodes employées à Mayotte en 1974 pour courber l'échine des indépendantistes.
Et pendant ce temps, les Comores expérimentent la fameuse thèse du rôle positif de la colonisation en Afrique. A Shongo Dunda, le fameux Mchanboulou, qui s'est approprié les terres et les forêts, le symbole éhonté de l'exploitation des ressources des Comores, ce lui-même qui a extradé le dernier des sultans des Comores, redevient par le biais de simples discours révisionnistes, l'innocent Botaniste M. Humblot, sous des applaudissements salvateurs.
Il ne faut désormais ni se taire, ni se terrer. A tous ces enjeux, Il nous faut des réponses appropriées.
Ahmed Ali Amir
Al-watwan N° 1344 du 19 juin 2009
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