Comores : Ils cultivaient de la drogue dans la prison
Cinq et sept ans d'emprisonnement ferme. C'est la peine requise par le tribunal correctionnel de Moroni à l'encontre de trois détenus et d'un vigile. Ces quatre hommes sont accusés de trafic de drogue dans la prison de Moroni.
« Je ne trafique pas de la drogue. J'ai planté de la drogue dans la cour de la prison »
Au départ ce sont sept personnes qui étaient mises en cause dans cette affaire. Quatre agents de sécurité et trois détenus. Ils ont été présentés devant les juges, samedi 25 juillet. A l'issue de l'audience, Yousouf Ali Djae, le substitut du procureur a requis la relaxe pour les trois agents de sécurité et trois ans de prison ferme pour l'un des vigiles et les trois détenus. Dans leur délibéré, rendu lundi 27 juillet, les juges ont retenu cinq ans d'emprisonnement ferme pour les trois prisonniers, Aboubacar Moilimou, Abdallah Mohamed et Sinani Bacar et sept ans pour Assadilahi Sourette, l'agent de sécurité véreux. Ce dernier qui dit avoir avoué les faits « sous les coups reçu à la gendarmerie », a tenté de démontrer « son innocence » devant les juges mais son argumentation n'a guère convaincu.
Au-delà des sanctions infligées, cette affaire remet encore une fois sur le devant de la scène les critères utilisés dans le recrutement dans certains services liés à la sécurité des biens et des personnes. Qui doit s'occuper de quoi ? Aussi, si le substitut du procureur reconnaît la qualité du service de gardiennage qui assure la sécurité de la prison de Moroni, « depuis qu'ils sont là, il n'y a pas d'évasions », affirme-t-il, il appelle cependant à un toilettage dans les sociétés de gardiennage.
L'autre interrogation est celle relative à la dégradation des mœurs dans notre pays. Pourquoi, en sommes-nous arrivés à tel recul? « Les mœurs évoluent, il faut que les textes suivent », note Youssouf Ali Djae
Lors de leur procès, samedi dernier, les prévenus, qui sont sous le coup de lourdes peines et des récidivistes notoires, affichaient un air impassible. Ils ne semblaient s'inquiéter en rien des peines qu'ils encourent en répression à leurs actes.
Leurs réponses frisaient la provocation. « Je ne trafique pas de la drogue. J'ai planté de la drogue dans la cour de la prison », a répondu l'un d'entre eux, lorsque la juge en charge du procès lui a fait lecture de l'acte d'accusation : « détention et trafic de drogue ». En effet, ce détenu plantait de la drogue dans la cour de la prison. Ce qui ne manque pas d'un certaine audace.
« J'ai fait cela, pour démontrer ce qu'il se passe là-bas et qu'on trouve enfin une solution », a-t-il poursuivi pour se justifier, soulignant que ce sont les personnes chargées de leur surveillance qui font entrer ces produits illicites dans la prison. Un autre sortira de sa poche un papier qui lui sert à couvrir les feuilles de cannabis pour en faire des cigarettes pour montrer aux juges « à quoi cela ressemble ». Selon les prévenus, ce trafic de drogue dans la maison centrale de Moroni est un « marché juteux ». « Là-bas presque tout le monde fume », avance un prévenu.
« La quantité de drogue vendu au dehors à 500 fc [1 euro] vaut 5000 fc [10 euros] en prison », ont-il dévoilé, soit dix fois plus cher. L'agent de sécurité qui accepte de faire entrer ces produits dans la prison y trouve aussi son compte, en touchant « son droit de risque » qui s'élèverait à au moins 2500 fc [5 euros], selon la quantité, le billet pour un long séjour en... prison.
Faissoili Abdou
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