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La première diffusion du film d'Agnès
Fouilleux avait eu lieu le 15 avril et avait suscité l'intérêt de plusieurs médias spécialisés. Il a été diffusé de nombreuses fois durant tout l'été sur la même antenne,
ainsi que sur Télé Réunion (RFO).
A RFO Mayotte, on ignore tout de ce film. Ni le rédacteur en chef par intérim, ni le directeur régional n'ont entendu parlé de lui. Surprenant, alors que le film a été acheté et
diffusé sur les antennes métropolitaine et réunionnaise de la maison mère. Les films consacrés à l'Ile au Lagon ne sont pas si nombreux qu'on puisse les ignorer...
Le film de 84 minutes, réalisé en 2007, sortira en salle le 4 février 2009 et était présenté à la presse parisienne jeudi dernier 18 décembre.
Largement inspiré de l'ouvrage de Pierre Caminade, « Comores-Mayotte, une histoire néocoloniale », le film d'Agnès Fouilleux en reprend les thèmes principaux :
des conditions de la décolonisation jusqu'à la traversée de la mort des kwassa-kwassas, en passant par les intérêts géostratégiques, pas toujours avouables, de la France.
Pour Agnès Fourreux, la réalisatrice d'un film qualifié d' «indispensable brûlot » par Télérama, « l'idée de ce film est partie du fait que personne ne parle de
ce qui se passe aux Comores, ou alors de façon superficielle et très incomplète. […] A tel point que même les fonctionnaires nommés là-bas peuvent vivre plusieurs années à
Mayotte sans vraiment savoir ce qui s'y passe ! C'est ahurissant.»
Elle nous raconte sa première venue à « Mamoudzou, la capitale, qui ressemblait plus à un village de brousse qu'autre chose, il y avait sur la place centrale régulièrement des
grands mouvements de foules : la plupart des jeunes clandestins vendeurs à la sauvette s'enfuyaient en courant à l'arrivée d'un fourgon de police. Ils revenaient, aussitôt le
fourgon disparu au coin de la rue. Aujourd'hui la pression est plus importante, et c'est de plus en plus dur pour eux ».
La réalisatrice se souvient de ses entretiens avec les clandestins : « Les gens parlent facilement de tout ça si on prend le temps de les écouter, la rencontre se fait
sans problème. Ils se sentent tellement mal compris, peu écoutés, surtout les anjouanais, ce sont des victimes à qui on n'a jamais offert la possibilité de s'exprimer, d'être
reconnues comme telles. ».
L'accent est mis sur les contradictions de la situation des clandestins, comme « Souali, le passeur d'anjouan, fils de gendarme français qui n'a jamais pu obtenir ses
papiers, [ou] aux clandestins sculpteurs de Domoni, enfermés dans leur banga pour ne pas se faire arrêter, et qui toute la journée reçoivent des fonctionnaires de police ou autres
qui viennent acheter des cadeaux-souvenirs sculptés chez eux ! ».
« C'est vrai que les mahorais sont actuellement en porte à faux puisqu'aujourd'hui, la majorité des habitants de Mayotte veut bien entendu rester française, sans cacher
que c'est pour des raisons purement pécunières. D'un autre côté, ils ont tous de la famille aux comores, et se sentent tout à fait comoriens et musulmans ».
Agnès Fourreux se défend malgré tout d'avoir « fait un film militant avec des méchants et des gentils, poser une frontalité. Le Préfet de Mayotte m'a reçue sans problème,
sa responsable de la communication m'a permis de tourner dans le bureau des étrangers à la Préfecture ».
Des témoins racontent les conditions dans lesquelles a été organisé le première référendum de 1974 et les manœuvres d'intimidation dont ils ont fait l'objet, relativisant le
mythique "choix" des mahorais.
Le montage de ce film ne s'est pas fait sans difficultés : « Aucune des tentatives d'obtenir un diffuseur au préalable pour recevoir une aide du CNC et de la région n'ont
abouti. Un décideur d'une chaine hertzienne du service public m'a même dit qu'il pouvait être intéressé à condition d'oublier le contenu « politique » de l'histoire… Un autre a
répondu que c'était « salir la France » que de divulguer de pareilles informations… J'ai été très étonné que France O accepte de diffuser le film après postproduction. Mais ça n'a
pas été sans remous notamment à Mayotte… Ca n'a tenu qu''à une volonté forte de Pierre Watrin et de Wales Kotra qui ont beaucoup aimé le film, qui ont fait ce choix éditorial
fort ».
Même si ce film reste malgré tout un film « militant », au même titre que l'ouvrage de Pierre Caminade, il n'en demeure pas moins qu'il est indispensable, ne serait-ce
que pour rafraîchir la mémoire mahoraise sur l'histoire récente de l'archipel, que le public de Mayotte ait la possibilité de le voir, d'aborder enfin les dessous de ce mariage
arrangé entre la France et Mayotte.
La balle est dans le camp du service culturel du Conseil Général qui gère l'unique cinéma de Mayotte et décide de sa programmation. A moins que RFO Mayotte retrouve la mémoire et
décide de programmer « Un aller simple pour Maoré »... dans une tranche horaire décente.
A quelques mois d'un référendum décisif pour l'avenir de Mayotte et des Comores, il paraît difficile d'envisager un avenir serein en occultant un passé aussi récent.
E.T.
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