Troisième accusation : l'Etat français n'a eu de cesse de s'immiscer dans la politique régionale, en fomentant des troubles destinés à déstabiliser les régimes des autres îles, par l'intermédiaire de mercenaires (notamment Bob Denard) à la solde des services de renseignements. Quatrième accusation : la France s'est aussi servie de Mayotte pour diverses basses oeuvres, comme la livraison d'armes clandestine à l'Afrique du Sud. Cinquième accusation : il résulte de cette séparation artificielle de Mayotte, qui jouit d'un statut économique plus avantageux, une disparité qui conduit les Comoriens à immigrer en masse au cours de traversées clandestines qui se révèlent meurtrières. Enfin, last but not least, un tiers de la population de Mayotte étant constituée de clandestins, la politique française de reconduite à la frontière y est devenue depuis une dizaine d'années particulièrement agressive, et serait passible, en vertu de la non reconnaissance internationale desdites frontières, d'être jugée au titre de crime contre l'humanité.
Face à cet accablant catalogue, il resterait toutefois à préciser que le film ne se donne pas tous les moyens d'en étayer les arguments. Principalement nourri par le réquisitoire de Pierre Caminade, auteur à un titre qui reste inconnu du spectateur d'un ouvrage consacré à la question (Mayotte-Comores, une histoire néocoloniale, Ed. Agone), et de témoignages certes émouvants mais plutôt impressionnistes, ce documentaire prête le flanc à la critique. D'autant plus que sa facture stylistique, comme ses méthodes de montage, n'échappent pas non plus à cette impression d'arbitraire. Comme en témoigne la vidéo d'un centre de rétention surpeuplé de Mayotte filmée par un policier des frontières et mise en ligne le 18 décembre 2008 sur le site de notre confrère Libération, tout cela n'invalide pas nécessairement le scandale dénoncé par ce film. Le débat public est en tous cas désormais ouvert, à quelques semaines du référendum qui devra décider si cette collectivité territoriale devient un département français.
Documentaire français d'Agnès Fouilleux. (1 h 24.)
Débat en présence de la réalisatrice les mercredi 4 et vendredi 6 février à 20 h 25, à l'Espace saint-Michel, 7 place Saint-Michel. M° Saint-Michel.
Jacques Mandelbaum
Source : Le Monde.fr
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