Révision constitutionnelle aux Comores : le front du 'non' se mobilise
Alors que le pouvoir se prépare à l'organisation du référendum -probablement au mois de mars prochain-, l'opposition se mobilise pour faire front contre le projet gouvernemental. Et pour cela elle s'engage à « tout mettre en œuvre pour faire échec à ce projet », lit-on dans une déclaration rendue publique le 30 janvier dernier et signée par vingt formations politiques dont la CRC, le Chuma, le Ridja, ect…
Arguant « des risques » que ferait courir cette échéance sur l'unité nationale, - des hommes politiques de l'île de Mohéli menacent de faire sécession s'ils n'obtiennent pas gain de cause- elle appelle au rejet du référendum constitutionnel. Dans la rue l'opinion reste divisée. D'un côté, il y a ceux qui adhérent entièrement au projet référendaire, d'autre part ceux qui le soutiennent mais qui ne sont pas d'accord pour que le président Sambi prolonge son mandat et enfin ceux qui s'opposent farouchement à toute révision constitutionnelle.
En fait, pour les pourfendeurs du projet de révision constitutionnelle, il s'agit d'un prétexte pour le président Sambi, dont le mandat se termine en mai 2010, de s'éterniser au pouvoir.
À Mwali, île à qui échoit le tour de la tournante en 2010, après Ngazidja (2002-2006) et Ndzouani (2006-2010), un grand rassemblement auquel prenaient part plusieurs personnalités politiques de l'île ainsi que d'autres venant de la Grande-Comore, s'est tenue le week-end dernier à l'appel de la coordination mohélienne pour l'unité nationale (COMUNA) pour dénoncer « toute révision de la constitution ».
Lors de cette réunion, les discours étaient clairs : « Mwali défendra ses droits jusqu'au bout », ont clamé les différents intervenants. « Ne pensez pas que nous allons perdre notre temps à examiner cet avant-projet de loi référendaire proposé par le chef de l'Etat, je vous dis que le référendum n'aura pas lieu à Mwali un point et c'est tout », a déclaré le ministre Abdallah Saïd Sarouma, porte parole du gouvernement de Mohéli à l'assistance.
« Nous disons au président de l'Union Ahmed Abdallah Sambi d'accepter de partir à l'expiration de son mandat. Nous espérons que le 26 mai 2010, il cédera la place à un Mohélien », a poursuivi l'ancien président de l'île Mohamed Saïd Fazul.
Et l'ancien premier ministre et membre de la Crc, Hamada Madi Boléro de rappeler au chef de l'Etat « qu'il lui reste 480 jours » avant la fin de son mandat. Rappelons que cette manifestation intervient quelques jours seulement après le passage dans l'île du président Sambi pour expliquer aux habitants les tenants et aboutissants de son projet. La réunion qui s'est tenue à Fomboni a été précédée d'une prière collective Hitma destinée « à attirer la colère de Dieu sur tout ressortissant de Mwali qui accepterait les propositions de révision constitutionnelle ». Un bœuf a été sacrifié à cette occasion et enterré sur la place de l'indépendance. Une manière originale de défendre des droits politiques. En effet, alors que sous d'autres cieux, la politique signifie confrontation d'idées, aux Comores, les hommes politiques semblent adopter le Hitma comme arme dans la lutte politique.
Bref rappel des faits. Lors des dernières élections présidentielles de l'île autonome de Ngazidja, l'avocat Saïd Larifou avait adopté le même procédé à l'encontre de ceux qui le qualifiaient de « chrétien ». Au début du mois de janvier, le président Sambi confiait aux journalistes qu'il a fait lire un Hitma à Mutsamudu à l'encontre de « tous ceux qui racontent des ragots » à son égard. On se demande d'où vient cette pratique qui visiblement semble adoptée par certains dans le seul but de court-circuiter tout débat politique dans le pays. Traduirait-elle une absence de stratégies politiques et d'idées de la part de nos politiciens ? Le doute est permis….
C'est dans ce contexte plutôt tendu que l'envoyé spécial du président de la commission de l'Union africaine aux Comores, Francisco Madeira, tente de renouer le dialogue entre les différentes parties. Il devrait se rendre ce mardi à Mohéli. À en croire, la Gazette des Comores on s'acheminerait vers une table ronde de toutes les forces vives du pays dans les prochains jours pour trouver un compromis sur l'épineuse question de la révision constitutionnelle initié par le président Sambi.
Faissoili Abdou (Avec la Gazette des Comores et l'Afp).
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