Kamar Ezzamane : « On nous verse 321 au lieu de 404 millions»
Ministre des finances et porte-parole du gouvernement de Ngazidja depuis novembre 2008, Kamar Ezzamane a répondu à nos questions sur les arriérés de
salaires et l’engagement des autorités de Ngazidja au côté des « dinosaures ».
Des incohérences ont été constatées au niveau des paiements des arriérés de salaires lors des deux derniers paiements. A quoi cela est-il dû ?
Il n’y a pas d’incohérences. C’est comme s’il y a une volonté du gouvernement central de déstabiliser le pouvoir de Ngazidja. Et parmi leurs armes c’est le problème des salaires. La masse salariale de Ngazidja est de 404 millions de francs par mois. Depuis mai, à chaque paiement on nous verse 321 millions. C’est donc 80 millions de gap. Je suis obligé de combler ces gaps pour payer tout le monde les mois entiers. C’est une gymnastique difficile qui m’a amené à avoir des décalages au niveau des paiements de certains fonctionnaires. Actuellement, j’ai un gap pour plus de 30% des agents en août, et pour tous les services en septembre sauf la santé et l’enseignement.
Vous vous êtes engagé à une réduction significative des dépenses à Ngazidja, où en êtes-vous ?
On est les seuls à pouvoir voter une loi de finances pour 2009. Notre politique
économique consiste à réduire les dépenses, surtout en biens et services qui vont baisser de 9%. En matière de salaires, nous menons un combat contre les fantômes de la fonction publique, les
doublons et les salaires indument perçus. Par contre, nous prévoyons une hausse de la masse salariale de 3% qui va concerner essentiellement l’éducation et la santé.
Le chef de l’Etat vient de valider les cadres organiques et décider une baisse de la masse salariale à l’échelle de l’Union, avez-vous un commentaire ?
Cette mesure ne tient pas compte de la réalité de notre pays. On ne peut pas traiter la question de la masse salariale au niveau des entités. L’Union compte, il faut le savoir, 3. 400 agents alors qu’on ne parle que d’un peu plus de 2 400. A Ngazidja, nous avons 3. 700 fonctionnaires. Les 80% relèvent seulement de quatre départements. Si on me demande de réduire les enseignants ou le personnel médical, c’est impossible. Je crois qu’il faut revoir globalement cette question pour parvenir à un équilibre. On peut par exemple embaucher des enseignants à la place des militaires.
Le pays est engagé dans le dossier post-conflit auprès du FMI. Etes-vous toujours partie prenante ?
Nous avons été les premiers à manifester notre bonne volonté pour la réussite de ce dossier. Le 2 décembre, nous avons signé les deux arrêtés préalables. Mais jusqu’aujourd’hui, rien n’a été
respecté par le gouvernement de l’Union, notamment le mécanisme de répartition des recettes à partager. Alors si le FMI constate qu’au bout de trois mois, on n’a pas avancé, il faudra savoir qui
est responsable !
Etes-vous toujours en bras de fer avec l’Union dans le cadre de la gestion des sociétés d’Etat ?
Nous assistons petit à petit à leur faillite sans qu’on comprenne les raisons. Ces sociétés disposent de monopoles, et pourtant elles connaissent d’énormes difficultés liées à la mauvaise
gestion. Si ça continue comme ça, à la fin du mandat de Sambi elles vont toutes déposer les bilans. Comores hydrocarbures par exemple n’arrive pas à payer les taxes de l’Etat, ses fournisseurs,
n’en parlons plus du fonds routier. Elle doit, rien qu’à Ngazidja, 350 millions. Si nous exigeons d’avoir un œil sur ces sociétés, c’est par souci de transparence et de bonne gestion.
Le gouvernement de Ngazidja s’est engagé dans l’opposition aux côtés des ce qu’on appelle les « dinosaures ». N’avez-vous pas peur de la confusion ?
Il y a un partenariat politique qui s’est constitué depuis le coup d’Etat à la cour constitutionnelle entre les deux tours de l’élection présidentielle d’Anjouan pour défendre l’Etat de droit et la démocratie. Mais la gestion du pouvoir de Ngazidja est une chose et ce partenariat en est une autre. On se retrouve pour essayer d’arrêter ceux qui n’hésitent à rien pour se maintenir au pouvoir. De toute façon parmi ceux que vous appelez dinosaures, soutiennent le président Sambi.
Ali Mmadi:Albalad/30 mars 2009
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