Nous avions presque oublié que l'Union des Comores revendique la souveraineté sur Mayotte. Il aura fallu le référendum du 29 mars 2009, pour que les autorités de Moroni se remettent à protester avec vigueur contre le statut de cette collectivité de l'outre-mer français.
Invités à se prononcer sur un statut plus avantageux au sein de la République française, les Mahorais ont dit oui, à plus de 95 % ! Ce qui ne reflète pas un désir ardent de retourner au sein de l'entité comorienne.
Un porte-parole du gouvernement de Moroni a cru devoir minimiser ce vote, en faisant valoir qu'il ne peut avoir été motivé que par... le « semblant de bien-être que donne la France aux habitants de cette île ». Mais, entre « un semblant de bien-être » et la certitude de la misère, le choix n'est-il pas plutôt simple ? L'usage qu'ont fait les Comoriens de 34 années d'indépendance est-il de nature à inciter les Mahorais à vouloir suivre leurs traces ? La réponse à cette question sort de la bouche du fondateur d'un mouvement pour le rattachement de Mayotte aux Comores : « Nous ne demandons pas que ceux qui habitent Mayotte viennent nous rejoindre dans la misère ! ». Mais il ajoute, aussitôt, que si Mayotte a un produit intérieur brut neuf fois supérieur à celui des Comores, ce n'est pas le fruit d'un quelconque développement, mais plutôt de l'assistanat.
Une souveraineté qui laisse un goût amer
Il n'empêche ! En 1997, les Anjouanais aussi demandaient à être recolonisés... Enfin, à être « rattachés à la France ». Et si les Comoriens devaient se prononcer aujourd'hui sur leur destin, il n'est pas certain que tous choisiraient l'indépendance. Car cette souveraineté leur laisse un goût amer. Leurs hommes politiques les ont systématiquement trahis. Certains ont même inoculé au pays le cancer de l'instabilité, en allant chercher Bob Denard et ses mercenaires pour les aider à prendre le pouvoir.
Les dirigeants comoriens n'ont même pas l'excuse d'une fatalité de la misère, dans cet océan Indien où d'autres Etats indépendants rayonnent de prospérité. Les citoyens des Seychelles et de l'île Maurice, eux, connaissent la fierté d'appartenir à une nation souveraine.
Au tout début des années quatre-vingt, un homme politique en campagne en Haute-Volta (l'actuel Burkina) s'est vu interpeller un jour par un vieil homme : « Vos promesses, monsieur, je les entends. Mais moi, je veux juste savoir quand prendra fin cette indépendance, parce que nos conditions de vie ne cessent de se dégrader. » Voilà ce qui arrive, lorsque la classe politique œuvre à ce qu'il faut bien appeler le naufrage des indépendances.
Jean-Baptiste Placca
MFI
Source : mauritiustimes
/image%2F0991960%2F20230906%2Fob_a5153a_received-1335959963886456.jpeg)