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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Le président Mohamed Ali Said : “Si référendum il doit y avoir, seuls les Mohéliens doivent être consultés”

14 Avril 2009 , Rédigé par aimons les comores

Le président Mohamed Ali Said : “Si référendum il doit y avoir, seuls les Mohéliens doivent être consultés”
Le jour où je prêtais serment, la cour constitutionnelle m'a signifié que le 27 juin 2012, je ne serai plus président. Si le président Sambi veut continuer, la loi l'autorise à venir tenter sa chance dans les primaires à Mohéli. Si réforme il doit y avoir, ce sont les seuls Mohéliens qui doivent être consultés, car c'est leur tour.

INTERVIEW
Monsieur le président, vous avez débuté votre mandat par un ambitieux programme de développement qui s'est traduit par l'édification de quelques bâtiments publics, des travaux d'intérêt collectif comme l'assainissement mené dans certaines localités, et une politique sociale en totale rupture avec le passé. Mais depuis quelques mois tout tourne au ralenti.
Je suis parti de rien contrairement à ce que l'on pense, j'ai appris beaucoup de choses. Quand je suis arrivé aux affaires, tous les mois on versait 20 millions de francs au titre du fonctionnement. Cet argent était utilisé par mes prédécesseurs pour assurer un bon train de vie aux membres du gouvernement et aux dignitaires du régime. Moi j'ai réduit les dépenses au strict nécessaire et mis fin aux petits cadeaux. Avec l'argent du contribuable, j'ai réalisé ce que personne n'osait croire que je serais capable de faire. Cela a engendré de la jalousie de la part d'autres membres de la classe politique. Alors, je peux vous affirmer que depuis quelques mois, mon compte n'est plus alimenté. Pour fonctionner, je me servais des recettes du service des douanes, or vous savez que la plupart des marchandises consommées à Mohéli est dédouanée à Moroni ou Mutsamudu, et nos recettes douanières varient entre 3 et 12 millions. Malgré cela, je n'ai pas abandonné ma politique de développement.

On a l'impression que cette politique est gelée...
Justement. Aujourd'hui je dois me contenter des neuf cent mille francs de recettes propres pour faire fonctionner mes administrations. On a mis à bas tout ce que j'avais mis en place au bénéfice des Mohéliens et même les consultations dans les hôpitaux sont devenues payantes. Mais je suis persuadé que le jour où entre les îles et l'Union les choses redeviennent ce qu'elles étaient, je recommencerais ma politique de développement.

On dirait que dans votre bras de fer avec l'Union, vous n'avez pas été suffisamment soutenu par les vôtres qui n'adhérent que très mollement à cette politique. Pouvez continuer à gérer avec une équipe avec laquelle vous n'êtes pas sur la même longueur d'onde ?
Ces décisions qui me privent de recettes se sont accompagnées de l'intension de certains de remettre en cause la tournante de 2010. Pour affronter ce combat, j'ai du faire appel à des gens qui ne pensent pas comme moi et mettre entre parenthèses momentanément mes convictions. C'est qui me préoccupe c'est de pouvoir revenir à ma politique de développement. Prenons l'exemple de la Ma-mwe. J'étais parvenu à payer la dette et la société avec des recettes propres, s'était lancée dans l'extension du réseau électrique vers Hoani. Aujourd'hui avec la nouvelle direction imposée par l'Union, non seulement la société n'investit plus mais la dette envers les hydrocarbures est repartie à la hausse et avec une dette supplémentaire mensuelle de 11 millions. Il en est de même avec le centre hospitalier régional.

A ce propos, pensez vous que l'Etat doit continuer à vendre des produits et services. Ne serait il pas mieux de les privatiser et laisser l'Etat tirer les dividendes liées au versement des différentes taxes ?
Le Comores ont signé avec la Banque mondiale un accord dans ce sens mais aucun président n'a le courage de le mettre en application car ces sociétés sont devenues des instruments de leur politique politicienne. Plus grave encore : aucun gouvernement ne veut redresser la situation des sociétés. Chacun veut recruter sans jamais chercher à l'assainir ou à moderniser le système de gestion voir même le matériel. Résultat une société aujourd'hui viable va se retrouver du jour au lendemain avec des grosses difficultés et l'on continue à vouloir traire du lait de cette vache de plus en plus maigre. Tout est donc question de gestion.

Les institutions actuelles coûtent cher. Les dix députés de l'assemblée de l'île qui n'ont voté que trois textes en une législature coûtent plus cher à l'Etat que le personnel du Centre Hospitalier régional de Fomboni. Ne serait il pas plus sage de dépoussiérer?
Je conviens qu'il existe des incohérences. Les chefs des exécutifs des îles devenant des gouverneurs, ce n'est pas un problème. A en croire certains, on dirait que l'autonomie et les présidents des îles autonomes sont responsables de tous les maux qui rongent ce pays. Je ne vois pas en quoi j'ai empêché le fonctionnement régulier de ce pays. Ce que je conteste en cette volonté de révision de la constitution actuelle, c'est que je suis convaincu que les initiateurs sont animés de la seule volonté de vouloir concentrer tous les pouvoirs aux seules mains du président de l'Union, les chefs des exécutifs des îles ne pouvant plus jouer un quelconque rôle de contre pouvoir. Pour revenir à votre analyse, il n'est écrit nulle part que dans la constitution de l'île qu'un député doit toucher tel ou tel somme. Donc les textes ne sont pas mauvais et c'est la gestion qui est mauvaise. A ma présidence, on dirait qu'il y a eu un cyclone car j'ai réduit le personnel inutile pour pouvoir recruter professeurs et médecins.

La tournante en mai 2010 est présentée comme un dogme non négociable. Est-ce l'allongement du mandat qui dérange?
Le jour où je prêtais serment, la cour constitutionnelle m'a signifié que le 27 juin 2012, je ne serai plus président. Si le président Sambi veut continuer, la loi l'autorise à venir tenter sa chance dans les primaires à Mohéli. Si référendum il doit y avoir, ce sont les seuls Mohéliens qui doivent être consultés, car c'est leur tour.

Pensez vous que le président va s'inspirer de la déclaration commune des présidents des îles à Anjouan dans le futur proche?
Nous ne sommes pas dans une République bananière et rien ne pourra se faire légalement dans ce pays sans que les présidents des îles soient d'accord. Dans les commissions électorales, il faut qu'on envoie des gens et si on refuse de nommer nos représentants, il ne peut pas y avoir de commission électorale.

Monsieur le Président si c'était à refaire, seriez vous candidat à ce poste avec tout ce que cela comporte comme stress ?
Absolument, pour l'intérêt du grand nombre !

Il paraît que votre entreprise ne s'acquitte pas des impôts et droits des douanes depuis que vous êtes à Bonovo, que vous avez loué votre logement et voiture à l'île autonome, etc.
C'est faux. J'autorise quiconque à aller à la douane et aux impôts chercher tout ce qui concerne l'entreprise gérée aujourd'hui par ma femme. Je défie quiconque qui trouvera quelque chose de louche là-dessus. Pour la voiture et le logement, je dirais simplement que l'Etat me verse tous les mois des indemnités de 1,2 million, 2 millions de fonds spéciaux, plus les salaires de mes chauffeurs et de tous les employés de maison. Qu'est ce je peux demander en plus à l'Etat?
Propos recueillis par Riziki
Al-watwan N° 1296 du 14 avril 2009
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