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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

CRASH AUX COMORES. « On se pose des questions, on est sceptiques »

3 Août 2009 , Rédigé par aimons les comores

CRASH AUX COMORES. « On se pose des questions, on est sceptiques »
Jacky Bonnemains (photo), cétologue et ancien de Greenpeace nous confie son analyse sur la découverte des restes de corps de mammifères marins identifiés initialement par des pêcheurs comoriens de la localité de Djomani-Grande Comore comme des restes de corps humains dans la zone du crash de l'Airbus A 310 de Yeménia (voir ici).
Jacky Bonnemains est le président de l'ONG française de protection de l'environnement des Robin des bois. Une structure fondée en 1985 et l'une des plus actives sur le terrain de la protection des cétacés entre autres.
Analyse.
Les pêcheurs comoriens seraient-ils incapables de distinguer les restes de corps de poissons ou mammifères marins avec ceux des hommes ? Cela est-il vraisemblable ?
Jacky Bonnemains :
Là on se pose des questions. On est sceptiques. On a réfléchi. Qu'il y ait eu un échouage collectif suite à un phénomène acoustique, on veut bien. Que des baleines entières ou des dauphins – car il y en a pas mal aussi, ramassées dans les filets des pêcheurs, pourquoi pas ? Mais des morceaux de baleines, là on est plus réservé et incrédules. On a lu et on s'est attardé une demi-heure sur la question. Un échouage de mammifères marins sur une plage, on a vu ça sur le littoral français et autour du monde. Sur le rivage français, c'était dans le bassin aquitain. C'était même des têtes. A moins que les restes de corps de mammifères retrouvés par ces pêcheurs comoriens ne soient des prises accidentelles de dauphins par des navires et rejetés à la mer. On pourrait également imaginer une pêche clandestine avec découpage à bord des morceaux de choix et les parties les moins nobles pour ces marins jetés aussi dans l'océan. Ce ne sont que de pures hypothèses. Ces restes de corps de mammifères marins pourraient êtres des prises accidentelles par des gros navires de pêche et rejetés en surface... Que des pêcheurs soient incapables de distinguer des restes de poissons ou mammifères marins à ceux d'être humains a été notre première surprise. Il y a là quelque chose d'impossible. Il y a quelque chose qu'on ne comprend pas bien.

Est-ce que les baleines sont habituées à emprunter le chemin du Canal du Mozambique et particulièrement celui de l'archipel des Comores ?

Jacky Bonnemains : Oui. Il y a des baleines dans cette partie de l'océan Indien. L'océan Indien est un sanctuaire pour elles. Là-bas, la chasse y est interdite. Les espèces répertoriées sur place sont les baleines à bosse, les rorquals commun, les petits rorquals ou encore les cachalots. Le canal du Mozambique est l'un des chemins de migration préférentiels des baleines. Ce chenal de migration, entre les eaux froides de l'Antarctique et celles de l'Equateur, est le lieu de séjour en saisons froides. Dans cette zone entre l'Afrique et Madagascar, il existait jadis jusqu'au 19e siècle, une chasse ancestrale. Les gens du coin, notamment, les Malgaches pratiquaient une chasse indigène. Cette chasse vivrière aux cétacés ne s'effectuait pas au harpon comme dans d'autres contrées de la planète (Asie, Arctique). Leur technique consistait à monter sur les baleines et à obstruer leurs évents. Cela les empêchait de respirer. La baleine respire avec ses poumons. Elle remonte à la surface pour expulser l'air des poumons. Cette chasse n'existe plus aujourd'hui.

Qu'est-ce qui peut expliquer un tel regroupement de mammifères marins dans la zone ?
Jacky Bonnemains :
Les baleines demeurent assez connues par les habitants de la région. Il y a des regroupements...Une relativement forte densité de mammifères marins.

Les baleines ont-elles un rituel vis-à-vis de la mort comme les éléphants par exemple ?
Jacky Bonnemains :
Il n'y a pas de rituel comme chez les éléphants. On a entendu parler d'assistance mutuelle quand l'un d'entre eux est blessé par exemple. Les baleines peuvent s'entraider. Mais sauf erreur de ma part, il ne me semble pas avoir entendu ou observé des baleines se retirer dans un lieu collectif secret pour y mourir.

Des corps de baleines en décomposition peuvent-elles s'échouer en nombre dans une même zone marine, voire localité, pendant plusieurs jours, sans que les habitants ne s'en rendent compte ?
Jacky Bonnemains :
A la suite d'une mauvaise information du pilote, un groupe de baleine peut s'échouer sur une côte, une plage. Un dérèglement du système de guidage d'écholocation peut les perturber. A ce moment-là, il y a des échouages collectifs liés à des perturbations acoustiques venues de navires qui brouillent leurs systèmes d'écholocation. Effectivement, il peut s'agir de sonars de sous-marins, de bruits d'hélice...

D'un crash d'avion, par exemple ?
Jacky Bonnemains :
C'est vrai que le crash d'un avion peut induire un bruit anormal et peut créer un effet sonore anormal. Vous me dites que si un crash d'avion peut engendrer une perturbation du système d'écholocation. Je vous dirais : oui. Il y a souvent des collisions entre des baleines et des navires de commerce, mais une collision entre un avion qui percute la mer et des baleines ne fait pas partie des annales. Statistiquement, c'est un évènement qui ne peut être que rarissime mais qui n'est pas impossible. Mais, pour en revenir à la question des corps de baleines en décomposition, il faut savoir que le temps de décomposition d'une baleine est très très long. Cela peut prendre une centaine d'années avec plusieurs phases. Cependant, dans un premier temps, la baleine morte est gonflée de gaz et flotte avant de couler dans les fonds marins. La dépouille dérive plusieurs jours voire plusieurs semaines. Cela dépend aussi de l'espèce du mammifère. Pendant son errance sur les flots, on parvient toujours à distinguer de quel type de mammifère il s'agit. Quand bien même un requin serait venu « gniake » la dépouille, l'animal reste reconnaissable. C'est indiscutable.

Dans la nuit du 29 au 30 juin dernier, un Airbus A 310 de Yeménia s'est abîmé au large des Comores provoquant la disparition de 152 personnes. Beaucoup de gens restent sceptiques quand à l'absence de corps repêchés au large des îles comoriennes et particulièrement au large de la localité de Mitsamihouli en Grande Comore. Une dépêche d'agence relatait le 8 juillet que des restes humains avaient été découverts par des pêcheurs comoriens aux alentours de Djomani [Djomani étant le village où, justement, des témoins avaient observé le crash aérien et où avaient été conduites les premières recherches de l'épave de l'avion. L'information allait être vite démentie]. Le lendemain dans un communiqué, le Centre des opérations de secours et de la protection civile (COSEP) révélait que les examens pratiqués à Moroni par les équipes scientifiques et médicales comoriennes assistées par des médecins légistes français montraient qu'« il s'agissait non pas de restes humains mais de mammifères marins. D'après les spécialistes, il serait vraisemblablement question de baleines. »
Par Ismael Mohamed Ali
Rfo Mayotte - 28/07/2009
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