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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

LE RADICALISME RELIGIEUX AUX PORTES DES COMORES

3 Août 2009 , Rédigé par aimons les comores

LE RADICALISME RELIGIEUX AUX PORTES DES COMORES


La récente démission ou plutôt le limogeage de M. Miftah Ali Bamba, le ministre comorien de la justice est symptomatique de la cacophonie qui règne dans les rangs du président Sambi. Depuis son élection, le Rais a procédé à son 5° remaniement sans que l'on puisse réellement percevoir une quelconque amélioration de la situation économique en général et des conditions de vie de la population en particulier. Le seul objectif des changements effectués a toujours été de faire participer les amis à la fête afin qu'ils bénéficient, eux-aussi, des avantages liés à l'exercice du pouvoir.

En effet, d'après ce que l'on nous raconte, le nouveau ministre fraîchement désigné a été débarqué car, le programme qu'il avait élaboré n'aurait pas obtenu l'aval du président et des grands caciques au pouvoir. Au niveau de la forme, je ne peux que saluer la décision du ministre de jeter l'éponge car, comme disait Jean Pierre Chevènement et au nom de la solidarité gouvernementale, «un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne». Dans le fond, je pense que notre apprenti mollah s'est plutôt mélangé les pinceaux par ignorance. La preuve qu'il ne suffit pas de réciter le Saint Coran par cœur pour diriger un pays ou un département ministériel. Avant d'accepter sa nomination, M. Bamba aurait dû lire l'article 12 al.3 de la constitution qui stipule, je cite : «Le président de l'Union est le chef du gouvernement. A ce titre, il détermine et conduit la politique de l'Union ». Il ressort donc qu'il n'appartient pas à un ministre de faire la loi mais uniquement de mettre en œuvre la feuille de route qui lui a été remise.

C'est cela la doctrine. Par contre, il ne faut pas oublier que depuis son accession au pouvoir, la branche radicale du Front National pour la Justice (FNJ) ne cesse de reprocher à leur leader Sambi d'avoir trahi les idéaux du parti et de tarder à instaurer les «vraies valeurs» de l'Islam. Tout laisse à penser que pour ne pas se priver de sa base électorale, Sambi aurait cédé. La preuve en est, qu'au terme de la nouvelle constitution, l'Islam est devenu religion d'Etat comme les durs du parti l'avaient exigé. Pourquoi l'homme au turban a-t-il alors refusé la mise en application des mesures préconisées par son ministre et ami ? Vous savez bien que Sambi ne tient jamais parole et comme on dit, les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent. Finalement et à ce rythme, Sambi laissera derrière lui un champs de désespoir, de ruines et de désolation. Ceux qui doutent encore, risquent de l'apprendre un jour à leur dépend.

Pour revenir au vrai sujet qui nous préoccupe, revenons sur les propositions de M. Bamba, un taliban convaincu. Si certaines de ses propositions peuvent paraître loufoques et improductives, d'autres étaient certainement destinées à poser la première pierre à une République chiite et islamiste avec un radicalisme clairement affirmé. C'était sans nul doute, un prélude à l'application de la charia.

M. Bamba et ses amis ont certainement perdu le sens de la raison. Vouloir interdire la circulation des automobiles pendant la prière du vendredi mérite tout simplement l'internement psychiatrique. Cela nous rappelle le shabbat chez les juifs; période pendant laquelle, il est même interdit de travailler. D'autre part, empêcher les jeunes filles non mariées de louer une maison est un non sens, une atteinte grave à la liberté. Même l'IRAN qui est le laboratoire expérimental et le modèle idéal de société pour nos barbus, n'applique pas ces dispositions. Que feront alors les jeunes étudiantes des campagnes qui sont contraintes de s'exiler dans les grandes agglomérations pour poursuivre leurs études ? M. Bamba avait-il prévu des internats pour les héberger ? C'est une totale hérésie. Enfin, fixer le repos hebdomadaire le jeudi et le vendredi à l'instar de certains pays arabes est un mimétisme imbécile et improductif. Pour un pays qui cherche à s'ouvrir au monde, a-t-il pensé aux multiples difficultés et désagréments susceptibles d'être occasionnés par ce changement ? Essayez de dénicher à Toulouse ou à Bordeaux, un bureau de poste ouvert le dimanche pour faire parvenir un mandat à vos parents aux Comores ! Enfin, M. Bamba et ses amis veulent imposer le port du foulard islamique (hijab) aux femmes comoriennes. La conduite d'un véhicule automobile devrait normalement leur être interdite. Cette volonté de réduire les femmes à l'état d'esclave ne m'étonne guère car, elle est partie intégrante de leur idéologie digne du moyen âge.

Le seul moment de lucidité que M. Bamba a eu et il faut lui rendre hommage, c'est lorsqu'il exige que des mesures soient prises pour obtenir le remboursement des sommes détournées par les amis de l'ex-président Azaly dans le cadre de ce que l'on a appelé «l'affaire des hydrocarbures». Malheureusement, il ignore que son ami Sambi a très vite oublié les vertus de la bonne gouvernance et que la lutte contre la corruption n'était qu'une couche de vernis destinée à appâter des électeurs potentiels. La preuve en est que le président n'a pas hésité à propulser au poste de ministre de l'économie son ami Barwane, pourtant gravement impliqué dans la même affaire. Ce dernier a-t-il remboursé les 5 millions qu'il a indûment reçus de la SCH ?

Par contre, une question me taraude. En sa qualité de ministre de la justice, M. Bamba avait-il besoin de l'autorisation de Sambi ou du conseil des ministres pour obtenir l'exécution d'une décision rendue par une juridiction nationale ? La réponse est non. Pourtant, en vertu des pouvoirs qui lui étaient conférés, il avait toute latitude pour donner des instructions au tribunal afin que le jugement ordonnant le remboursement et la confiscation des biens des personnes condamnées soit mis à exécution. Que sont devenus les mandats d'arrêts internationaux délivrés par le département de la Justice à l'encontre des condamnés par contumace ? A-t-il un instant cherché à en assurer l'exécution ? Encore non.

Les comoriens constituent un peuple certes croyant mais d'une tolérance légendaire. Nous n'avons pas attendu l'arrivée de Sambi pour exprimer notre foi à la religion musulmane. Au lieu de vouloir instaurer dans notre pays un régime islamiste-chiite avec des valeurs qui ne sont pas les nôtres, nous attendions d'un ministre de la justice qu'il fasse des propositions sur des vrais sujets de société tels que, la lutte contre la pédophilie, les mariages forcés, les répudiations abusives et les violences faites aux femmes et aux enfants. Dans le domaine économique, nous nous attendions à des mesures dissuasives pour lutter contre la corruption qui se généralise et non à l'interdiction de la circulation automobile le vendredi.


Le 1° Août 2009 // MOHAMED Ali.
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