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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Bac 2008 : un taux d'échec de près de 80 %

3 Août 2009 , Rédigé par aimons les comores

La série noire continue. Avec 5,08% d'admis à l'issue des épreuves du premier groupe, le bac de cette année n'a pas dérogé à la règle. Ces tristes résultats, loin d'être un épiphénomène du système éducatif national, révèlent une vraie tendance de fond. Entre les programmes d'enseignement, la grille d'évaluation des élèves, le profil des enseignants, le niveau dramatique des élèves et les grèves à répétition, l'on se demande aujourd'hui quelle a été la part de chaque hypothèse dans cette débâcle générale.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : sur les 11.282 candidats au bac de cette année, seuls 573 sont admis à l'issue des épreuves du premier groupe, soit un taux de réussite de 5,08% ; 1.696 autres candidats sont autorisés à passer la session de rattrapage, qui devait débuter hier, dimanche 2 août. A supposer qu'ils soient tous admis, le pourcentage de réussite s'établirait à 20,11%. « Nous sommes les sacrifiés du système » a ainsi réagi un étudiant recalé, les yeux imbibés de larmes, aussitôt après la proclamation des résultats.
Comme tous les ans, la série C s'en est bien sortie avec un taux de réussite de 41,29% contre 7,37%, 3,13% et 7,69% pour, respectivement, les séries A1, A4 et D. La série G, elle, pointe à la dernière place du classement avec 0,41%. Sur ses 244 candidats, seul l'étudiant Anouar Abdoulwahab a pu décrocher le fameux sésame dès le premier tour ; 21 autres vont devoir subir les épreuves orales du deuxième groupe.
Si l'on analyse le tableau des résultats à l'aune de chaque entité insulaire, c'est bien l'île de Ngazidja qui affiche le meilleur score de cette cuvée 2009 avec un taux de réussite de 7,07% contre 3,81% à Mohéli et....1,77% à Anjouan. Comparativement à l'année 2008, Ngazidja a amélioré de 0,30 % sa « prouesse » pendant que les deux autres îles enregistrent un net recul, particulièrement Mohéli (16,28% en 2008 contre 3,13% en 2009).
A Ngazidja, le centre de Moroni signe la plus belle performance de l'année avec un taux de réussite de 8,39%, suivi de Foumbouni (8,21%) et de Dembeni (4,95%). A Mohéli, où il n'existe qu'un seul centre d'examen, la série C mène la danse avec son 33,33% de taux d'admission, tandis qu'à Anjouan, le centre de Mutsamudu peut se prévaloir du pourcentage de réussite le plus élevé sur l'île, soit, tenez-vous bien,...2,80%.
« Ces résultats sont le reflet de la faillite d'un système on ne peut plus archaïque, qui ne répond donc pas aux vraies préoccupations du moment », a déclaré un jeune professeur de français, qui refuse de rejeter la responsabilité de la faillite du système éducatif national sur les élèves. Pour lui, les Comores doivent prendre exemple sur certains pays africains comme l'Algérie ou le Maroc qui, devant des taux d'échec aussi alarmants, ont décidé d'instaurer un système de contrôle continu comptant pour 25% dans la note finale. « Il faut revoir la grille d'évaluation des candidats qui pénalise bon nombre d'élèves » dit-il.
Dans certains milieux intellectuels, l'on pointe du doigt une certaine inadéquation entre les sujets proposés à l'examen et les méthodes pédagogiques. « On ne peut pas concevoir des sujets d'analyse et de réflexion alors qu'à l'école, on incite les élèves au bachotage et à l'apprentissage par cœur » estime un cadre du ministère de l'Education nationale.
Cette année encore, les mêmes interrogations fusent après ces résultats catastrophiques. A quoi sert un examen qui laisse près de 95% d'élèves sur le carreau ? Que faire de ces cohortes de recalés qui viennent, chaque année, grossir les rangs des désoeuvrés ? Et si le gouvernement comorien, au lieu de trop miser sur l'enseignement général, pensait à développer des filières professionnelles ? Comment faire pour renverser cette tendance lourde qui, si rien n'est fait, condamne le baccalauréat à une mort lente ?
En 2005, la suppression des épreuves orales du premier groupe, qui avait alors suscité une levée de boucliers aussi bien chez les étudiants que dans le milieu enseignant, a davantage réduit les chances de réussite des candidats au bac. Les défenseurs de cette réforme avaient justifié cette suppression par la nécessité de « réduire le fort décalage constaté tous les ans entre les notes des épreuves écrites et orales chez plus de 80% des élèves ». L'expérience est-elle concluante ? Le doute est permis.
Il faut dire que le taux d'échec de près de 80 % de ce bac 2008 est d'autant plus surprenant que, cette année, les syndicats des enseignants ont observé une trêve et aucune perturbation des cours n'a été enregistrée. Autant dire qu'on ne peut aujourd'hui prétendre expliquer cette série noire par les grèves. L'erreur est à chercher ailleurs. La balle est dans le camp du gouvernement.

M. Inoussa
Al-watwan N° 1370 du 03 août 2009
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