Houmed Msaidié : La constitution de 2001 n'est pas parfaite. Mais ce n'est qu'empirique. J'aurai plutôt souhaité que le Président de l'Union mette en place une Commission multidisciplinaire avec pour mission d'évaluer cette constitution et que les conclusions de cette Commission servent de trame aux réformes envisageables, mais comme la préoccupation principale du Président est de vouloir s'éterniser au pouvoir il essaie de surfer sur les propos tenus à l'ombre des badamiers.
Comores4 : Qu'est-ce qui motive votre opposition à la réforme constitutionnelle ?
Houmed Msaidié : Tout d'abord et avant tout le non engagement du Président Sambi par rapport à la tournante Mohélienne de mai 2010, or voler la tournante à Mohéli ne fera que perpétuer l'instabilité politique avec les conséquences socio-économiques que cela suppose dans un environnement de crise financière internationale. Deuxièmement les réformes proposées ne sont pas à la hauteur des difficultés rencontrées depuis 2002 : il y aura toujours 4 présidents (3 appelés gouverneurs mais néanmoins élus au suffrage universel direct avec ce que cela induit comme pouvoir dans une île), 4 gouvernements (même si certains seraient appelés des commissaires) et 3 vice-présidents avec des compétences dans les îles (ce qui ne ferait qu'accroître les conflits de compétence). Or la logique consisterait à contenir les conflits de compétence puisque humainement et politiquement on ne peut pas éradiquer les conflits de compétence entre des pouvoirs constitutionnellement établis. Troisièmement, si le Président se donne le pouvoir de dissoudre l'assemblée alors l'assemblée doit pouvoir renverser le gouvernement par une motion de censure et non avoir seulement le pouvoir de pétitionner quelques membres du gouvernement. Et quatrièmement, le Président Sambi a violé la loi électorale qui lui impose de s'entendre avec les exécutifs des îles pour mettre en place les Commissions électorales, c'est un lien légal qui force les exécutifs à marcher ensemble dans les décisions majeures qui engagent le pays. Voilà les quatre raisons qui nous poussent à nous opposer à la démarche unilatérale du Président Sambi.
Comores4 : Pourquoi vous parlez d'une démarche unilatérale alors que l'opposition avait choisi de ne pas discuter sur le projet de loi référendaire, lors du dialogue inter-comorien ? En agissant ainsi, pensez-vous que vous n'avez pas laissé sciemment Sambi se tailler une constitution sur mesure ?
Houmed Msaidié : Lors du dialogue inter-comorien on avait demandé à nos frères représentant le pouvoir de s'engager solennellement à ne pas remettre en cause la tournante en mai 2010, ce qui nous aurait permis de débattre sereinement des autres questions, hélas on a compris lors du dialogue qu'en fait pour le pouvoir voler la tournante à Mohéli en 2010 était l'objectif principal des fameuses réformes.
Comores4 : Vous appelez à boycotter le referendum prévu le 17 mai prochain. Pensez-vous être les vrais défenseurs de la démocratie ?
Houmed Msaidié : Oui dans notre démarche contre le referendum nous défendons à la fois le consensus national (la tournante), la constitution (articles 13 et 37), la démocratie (l'élection du président comme tout autre aspirant élu par une compétition avec pluralité des candidatures au lieu de se réfugier dans un referendum pour proroger un mandat électif limité dans le temps par l'actuelle constitution) et la légalité (respect de la loi électorale).
Comores4 : Pourquoi vous n'appelez pas à voter non ?
Houmed Msaidié : Nous aurions appelés nos partisans à voter si la démarche présidentielle était effectivement concertée conformément à l'esprit et à la lettre de notre constitution et des textes de lois et malheureusement ce n'est pas le cas et par conséquent on ne peut pas cautionner ni légitimer une forfaiture.
Comores4 : Avez-vous saisi la Cour Constitutionnelle ? Si oui sur quel motif ?
Houmed Msaidié : Oui par respect pour la légalité républicaine, nous avons saisi la Cour Constitutionnelle à la fois sur des aspects de forme et sur des aspects de fond. D'ailleurs la Cour siège ce mardi 5 mai 2009 en audience publique.
Comores4 : Qu'allez-vous faire si malgré tout le gouvernement réussi à organiser le referendum et surtout si le oui l'emporte ?
Houmed Msaidié : En tout cas je suis convaincu que nous réussirons à démontrer que le Président Sambi est largement minoritaire dans ce pays.
Comores4 : Votre ami Boléro fut un des négociateurs privilégiés qui ont réussi à négocier le retour de l'île d'Anjouan en 2001. Aujourd'hui il n'hésite pas à proférer des propos séparatistes contre les anjouanais. Parle-t-il au nom de la CRC ? Sinon, est-ce que vous condamnez ses propos ?
Houmed Msaidié : La CRC ne peut pas cautionner des propos séparatistes d'où qu'ils viennent comme elle ne peut pas cautionner des actes de violence qui portent atteintes à l'intégrité physique ou aux intérêts privés ou publics. Cela étant la CRC n'est pas maîtresse des décisions des individus qui se sentent lésés dans leurs droits.
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