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Le blog  Aimons les Comores de SAID IBRAHIM

Les Comores, une démocratie censitaire?

13 Janvier 2017 , Rédigé par Aimons les Comores

Les Comores, une démocratie censitaire?

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Pourquoi des leaders comme Mohamed Abdouloihabi et Said Larifou ont-ils attendu jusqu’à la date d’entrée en vigueur de la loi sur les partis politiques pour se manifester alors qu’ils avaient trois ans pour formuler leurs critiques, voire saisir les juridictions compétentes pour bloquer son application. Toujours est-il que le texte pose des questions de fond qui méritent qu’on y réfléchisse. Ensemble.
 

Par Faïza S. Youssouf

Adoptée en 2013 et promulguée en 2014, la loi portant organisation et fonctionnement des partis politiques n’avait jamais, jusqu’ici, fait l’objet de contestation de la part de ceux qui, aujourd’hui, dénoncent son anti-constitutionnalité et son caractère dangereux. Pourtant, ils avaient trois ans pour le faire. Ils auraient pu, pendant tout ce temps, s’allier à d’autres pour bloquer l’application du texte en mettant en avant ses incohérences et ses contradictions. Car, la loi comporte bien des dispositions qui font froid dans le dos. Comment peut-on exclure un parti dont le seul tort est de n’avoir pas rassemblé assez d’argent pour se présenter aux élections, dans un pays où, justement, l’Etat ne finance pas les campagnes électorales? Dans ce cas précis, la loi donne la primauté à l’argent au lieu de privilégier les idées.

Quand bien même ce parti se présente à une élection nationale, son score dépendra très largement des moyens qu’il aura déployés et de sa surface financière. Les élections de 2015 et 2016 sont là pour en témoigner. Est-ce à dire que ces hommes politiques qui ont des convictions bien chevillées au corps mais qui n’ont aucun rond dans la poche doivent tout simplement la boucler et raser les murs? Dans ces conditions, ne sommes nous pas entrain de transformer les Comores en une ‘‘démocratie censitaire’’?

Aucun kopeck 

Comme l’a souligné le doctorant Mohamed Rafsandjani : «Que la loi décide vers qui ira la générosité du contribuable, soit ! Mais, de grâce, qu’elle laisse les ‘laissés-pour-compte’ exister aussi. Ils se débrouilleront ou disparaîtront. Le résultat sera le même, mais la liberté et la démocratie seront sauves». 
Surtout, que fait-on de la liberté d’association, pourtant consacrée par la Constitution ?  «Fut-elle minoritaire, voire marginale, qu’elle réunisse 5 ou 1000 membres, que les idées soient farfelues ou déjantées, que le projet soit crédible ou intéressé, la liberté d’association pour défendre ses opinions politiques ne devrait jamais être conditionnée à ce genre de logique électoraliste. 5 % de suffrage par-ci, 2 ou 3 élus par-là», poursuit le constitutionnaliste.

Il faut tout de même rappeler aussi que la création d’un parti n’est pas interdite, mais elle est, il est vrai, assujettie à des conditions drastiques, voire impossibles à satisfaire. Jugez-en vous même : «le nombre des membres fondateurs d’un parti ou groupement politique ne doit pas être inférieur à 20 par circonscription électorale conformément à l’article 20 de la constitution».  Et même si un homme ou une femme parvenait à répondre à cette exigence, tous ses efforts seraient balayés en 2020, parce qu’il ou elle n’aura pas réussi à obtenir 5% des suffrages exprimés lors d’élections nationales ou quelques élus...

Et puis, même si le pays dispose de 200 partis enregistrés, quel mal y aurait-il ? En quoi serait-ce gênant, étant donné qu’ils ne perçoivent aucun kopeck de la part de la princesse. Tout au plus, feraient-ils des conférences de presse pour glorifier ou démonter l’action gouvernementale, en attendant le jour où ils seraient assez prospères pour se présenter à une échéance électorale. Et la démocratie serait sauve. Il faudrait faire nôtre cette phrase de l’ancien ministre AssoumaniSaandi : «cette loi est le début d’un dispositif qui doit être complété et affiné dans le but de fortifier la démocratie comorienne et non l’étouffer».

alwatwan

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